Publication du troisième rapport annuel évaluant les progrès du Royaume-Uni en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre

Mitigé et peut mieux faire, est en substance le message à retenir de l’état des lieux des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Royaume-Uni, établi par le Climate Change Committee (CCC, comité sur le changement climatique [voir ci-dessous]).

La publication annuelle d’un état des lieux des progrès réalisés par le Royaume-Uni en matière de réduction des GES constitue l’une des deux principales attributions du CCC, avec la contribution à l’établissement des budgets carbone [1]. Pour mémoire, les budgets carbone définissent une limite maximale d’émissions de GES autorisées pour l’ensemble de l’économie britannique sur des périodes de cinq ans (2008-12, 2013-17, 2018-22). Les recommandations du CCC pour le quatrième budget carbone (2023-28) ont été récemment acceptées par le premier ministre, M. David Cameron, alors qu’une partie du cabinet (dont le secrétaire d’Etat aux Entreprises, M. Vince Cable) s’est opposée dans un premier temps à ce budget, le jugeant dangereux pour la compétitivité des industries britanniques.

Ce dernier rapport annuel "Meeting Carbon Budgets - 3rd Progress Report to Parliament" (Atteindre les budgets carbone, 3ème rapport des progrès au Parlement), qui s’inscrit dans la continuité des deux précédents a été publié le 30 juin dernier (celui de 2009 soulignait une importante réduction de 9% des émissions de GES en 2009, principalement du fait de la récession économique) [2].

1. Messages clefs

Ce troisième rapport délivre un certain nombre de messages clefs, le principal étant que les émissions de GES pour l’ensemble de l’économie britannique ont augmenté de 3% en 2010, principalement dû à un hiver rigoureux et à un léger mieux sur le plan de l’économie. Cependant, le niveau d’émission de 2010 est resté en dessous de la moyenne annuelle fixée par le premier budget carbone, cette hausse étant causée, en partie, par les effets de la crise économique qui continuent à se faire sentir.

Les émissions de CO2 se sont accrues de 4% (augmentation des émissions liées au chauffage et utilisation plus importante du parc des centrales électriques à gaz et à charbon dûe à des arrêts de tranche de centrales nucléaires), tandis que celles des autres GES (comme le méthane ou l’ozone) ont été réduites de 2%, dans le prolongement de la tendance de réduction observée depuis plusieurs années, notamment dans les domaines de l’agriculture et de la gestion des déchets.

Au-delà de ce premier constat, le CCC détermine aussi la tendance de fond, en retirant notamment les effets conjoncturels estimés de l’hiver particulièrement froid qu’a subi le Royaume-Uni. Le rapport souligne ainsi que la tendance est à la stabilité, ce qui est incompatible avec la nécessité de réduire les émissions afin de respecter les objectifs de long terme. Le rapport évalue enfin les progrès en fonction des politiques mises en place par le gouvernement : il considère que leurs performances sont mitigées et qu’une accélération du rythme de réduction des émissions est toujours (en italique dans le texte) nécessaire.

Parmi ses principales conclusions, le CCC souligne le peu d’efforts dans l’application de certaines mesures clefs annoncées lors du premier budget carbone, une chute de 30% des travaux d’installations d’isolation des bâtiments par rapport à 2009 mais remarque l’avance prise sur les objectifs de remplacement des systèmes des chaudières, grâce aux mesures encourageant la destruction des anciens modèles. Si le taux de pénétration des systèmes de chauffage renouvelable reste très faible (moins de 2%, pour un objectif de 12% en 2020), le taux d’émissions dûes aux nouvelles voitures, plus propres, est en baisse régulière.

Du côté de la production d’électricité, les indicateurs en matière d’énergies renouvelables sont bons (bien qu’une accélération des installations sera requise sur la période de cinq ans - 2013 à 2017- couverte par le second budget carbone). Le rapport met néanmoins l’accent sur le risque de retard dans le développement des technologies de capture et stockage du carbone, alors que cette technologie est appelée un jouer un rôle non négligeable dans les plans gouvernementaux pour atteindre les objectifs de 2020.

En ce qui concerne les deux principales mesures nouvellement mises en place par le gouvernement pour respecter les budgets carbone, à savoir la réforme du marché de l’électricité et le Green Deal (qui encourage les entreprises et particuliers à améliorer leur efficacité énergétique), le CCC souligne leur rôle fondamental dans les efforts de réduction des émissions. Il insiste sur l’importance des nouveaux arrangements, liés à la réforme du marché de l’électricité, fondés sur des contrats de long terme pour atteindre les objectifs du quatrième budget carbone, auquel le premier ministre David Cameron a annoncé son engagement en juin. S’agissant de l’amélioration de l’efficacité énergétique, qui passe notamment par le programme Green Deal, le CCC remarque que les propositions du gouvernement devraient aider à renforcer les incitations à la mise en place des mesures d’efficacité énergétique. Cependant, il existe un risque non négligeable que ces incitations ne soient pas adaptées aux différentes barrières financières et non financières existantes.

Enfin, l’analyse du CCC montre que, sous condition de nouvelles mesures et d’une accélération du rythme de réduction des émissions, il est possible de dépasser les premier, deuxième et troisième budgets carbone intermédiaires, et ceci devrait être l’objectif du gouvernement étant donné l’amplitude des réductions d’émissions nécessaires pour attendre le quatrième budget.

2. Réactions

Le ministre pour l’Energie et le Changement Climatique, M. Chris Huhne, a réagi à la publication de ce rapport en réaffirmant l’importance qu’attache le gouvernement à la réduction de la dépendance du pays aux énergies fossiles et à la réalisation de la transition vers une économie bas carbone, quelle que soit la situation de l’économie. Enfin, il a rappelé l’engagement de la coalition à effectuer des changements structurels de long terme nécessaires pour réduire les émissions de GES et assurer que "la lumière reste allumée". Un engagement qui se traduit par la profonde réforme du marché de l’électricité, le Green Deal, ou encore à travers l’innovation en matière de technologies vertes, soutenue en particulier par la Banque Verte d’Investissement (Green Investment Bank).

De son côté, CBI (Confederation of British Industry, Confédération des Industries Britanniques, un organisme qui défend les intérêts de plus de 200.000 entreprises britanniques) a commenté ce rapport par la voix de son Directeur pour les Affaires et l’Environnement, M. Rhian Kelly. Celui-ci a fait notamment référence au Climate Change Tracker, réalisé début juin par CBI, qui suit lui-aussi les avancées en matière de réduction des GES, et qui avait montré que les progrès en matière de dé-carbonisation de l’énergie, des bâtiments, des transports et de l’industrie, restent insuffisants. M. Rhian Kelly a dénoncé des variations et incertitudes dans les politiques qui minent la confiance des investisseurs, telles que le retrait brutal des primes associées au Carbon Reduction Commitment qui incitent les grands consommateurs d’électricités à économiser l’énergie. Il a précisé que "pour revenir sur le bon chemin, le gouvernement doit clarifier un certain nombre de zones grises de ses politiques, notamment le Green Deal, la réforme du marché de l’électricité et la banque verte d’investissement".

3. Un bilan mitigé

Avec un taux d’émissions de GES stable (une fois retiré l’impact de l’hiver), il s’agit donc en réalité d’un bilan plutôt mitigé qui est dressé par le comité. Si certaines mesures portent leurs fruits, il reste encore beaucoup d’efforts à faire pour respecter les objectifs toujours plus contraignants de réduction des émissions de GES fixés par le quatrième budget carbone. Dans le texte de loi Climate Change Act, le pays s’engage, entre autres, à diminuer ses émissions de GES d’au moins 34% entre 1990 et 2020. Avec une baisse de 26,4% entre 1990 et 2009, l’objectif semble réalisable si les efforts se poursuivent.

Toutefois, la conjoncture économique particulière de l’année 2010 (un certain retour à la croissance après une récession en 2009) a joué un rôle important dans les résultats de l’année sur le front des émissions de GES. Il reste donc à constater comment un maintien de la croissance en 2011 ou au contraire une situation morose, impacteront sur les rejets atmosphériques du pays.

Outre les transformations du secteur de l’énergie que le gouvernement cherche à réaliser (place prépondérante des fermes éoliennes offshore, renouvellement du parc nucléaire et développement de centrales à gaz plus propres, ainsi que des technologies telles que la capture et le stockage du carbone), il va être de plus en plus important de soutenir les efforts destinés à améliorer l’efficacité énergétique, notamment dans les habitations (c’est ce que cherche a réaliser la politique du Green Deal qui devrait entrer en phase opérationnelle en 2012).

Enfin, notons que ce troisième rapport a été rendu public quelques semaines avant l’adoption par le parlement du quatrième budget carbone dont la définition par le gouvernement ne s’est pas faite sans mal. Dans un contexte de morosité économique, des divisions au sein du Cabinet sont apparues par rapport aux objectifs proposés par le CCC, certains ministres s’étant opposés à l’établissement de plafonds d’émission trop contraignants, craignant pour la compétitivité des entreprises britanniques.

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Le Committee on Climate Change (Comité sur le Changement Climatique) est un organisme indépendant établi par la Loi sur le Changement Climatique de 2008 et qui conseille le gouvernement et les administrations concernées sur les questions liées au changement climatique. En particulier il contribue à l’établissement des budgets carbones et évalue annuellement les progrès effectués en matière de réduction des émissions de GES par rapport à ces budgets. Son président actuel est Lord Adair Turner.

- [1] Pour les travaux du CCC par rapport au 4ème budget carbone, voir : Science et Technologie au Royaume-Uni, Novembre-Décembre 2010, http://www.ambafrance-uk.org/Rapport-du-Committee-on-Climate
- [2] Science et Technologie au Royaume-Uni, Janvier-Février 2011 - http://www.ambafrance-uk.org/Publication-des-statistiques-des


Sources :
- Le rapport du Committee on Climate Change - 30/06/11 - http://www.theccc.org.uk/reports/3rd-progress-report
- DECC, Communiqué de presse - 30/06/11 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/ECjTm
- CBI, Communiqué de presse - 30/06/11 - http://bit.ly/iQnEfL


Auteur : Olivier Gloaguen

publié le 23/09/2011

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