Réchauffement climatique : tablez plutôt sur 1,4 à 3 °C d’ici 2050 !

Une équipe de chercheurs de l’Université d’Oxford qui s’est appuyée sur près de 10.000 simulations de l’évolution du climat, a montré que d’ici 2050, le réchauffement climatique atteindra 1,4°C à 3°C, ces deux chiffres étant "également probables". C’est-à-dire un réchauffement sans doute égal ou supérieur à 2 °C, la limite généralement fixée par les scientifiques au-delà de laquelle les effets seront importants et potentiellement très perturbants. La "barre des deux degrés" dépassée dès 2050, c’est bien plus tôt que de nombreuses simulations ne le laissaient entendre jusque là. Beaucoup envisagent en effet une hausse d’au moins 2 °C, mais seulement d’ici la fin du siècle. Les résultats de cette étude ont été publiés dans Nature Geoscience.

Ces résultats sont obtenus en générant un très grand nombre de simulations différentes grâce à du temps de calcul donné par des volontaires sur leurs ordinateurs domestiques. En s’inscrivant sur Climateprediction.net, un particulier met à disposition son PC pour effectuer une petite portion des très nombreux calculs requis pour simuler le climat mondial.

Le modèle couplant atmosphère et océans utilisé dans cette étude est particulièrement complexe, et prend en compte certaines des incertitudes que des prévisions antérieures, se fondant sur des modèles plus simples, ont pu avoir négligées. De plus, ce modèle a été testé sur les 50 dernières années, pour vérifier qu’il peut bien prévoir rétrospectivement les évolutions du climat effectivement observées.

L’intérêt de cette étude provient précisément du fait qu’elle fait appel à un très grand nombre de simulations. La compréhension incomplète des processus physiques qui sous-tendent trois aspects majeurs du système climatique (sensibilité de l’état d’équilibre, rythme d’absorption de la chaleur par les océans et rôle des aérosols) conduit à des incertitudes dans la détermination de l’évolution des températures mondiales au cours du prochain siècle. Pour réduire ces incertitudes, la modélisation repose, pour le moment, sur deux approches d’échelle : soit rassembler les résultats issus de nombreuses modélisations souvent simplificatrices, soit utiliser les quelques modélisations complexes disponibles couplant les interactions océans-atmosphère, qui sont plus précises mais existent en plus faible nombre.

Comme le souligne le Dr Ran Rowlands de l’Université d’Oxford et auteur principal de l’article, cette approche de réaliser un grand nombre de simulations, avec des versions de modèles choisies délibérément pour tenir compte d’un large ensemble de comportements, peut seule gérer les incertitudes présentes dans un système aussi complexe que l’est notre climat. Le professeur Mylles Allen, également d’Oxford, précise : "la plupart des prévisions du réchauffement mondial sont fondées sur l’éventail de résultats des différents groupes qui contribuent au programme de comparaison de modèle spécifiquement établi pour obtenir ces prévisions. Ces groupes ne cherchent pas à explorer l’ensemble de la fourchette d’incertitude, d’où le besoin de projets comme le nôtre".

Cette approche innovante dans la modélisation du climat qui utilise le concept du calcul distribué ainsi que la disponibilité d’ordinateurs non utilisés chez les particuliers (à l’image du désormais célèbre programme SETI@home [1] lancé en 1999, ou plus récemment de Genome@home) pour générer un très grand nombre de simulations, marque peut-être l’avenir des modélisations du système climatique.

Sur le plan des résultats en matière de hausse des températures mondiales, ceux-ci sont particulièrement inquiétants et soulignent le besoin d’agir très rapidement au niveau mondial pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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[1] Projet de calcul distribué utilisant des ordinateurs branchés sur l’Internet, hébergé par le Space Sciences Laboratory de l’Université de Californie, Berkeley. Il y avait deux buts originaux à SETI@home. Le premier était de prouver la fonctionnalité et la viabilité du calcul distribué (objectif pleinement rempli). Le deuxième était de faire du travail scientifique en supportant une analyse observationnelle cherchant à détecter de la vie intelligente non terrestre (là, par contre, toujours aucun signal d’une intelligence extraterrestre détecté à ce jour !).


Sources :
- Daniel J. Rowlands et al., Broad range of 2050 warming from an observationally constrained large climate model ensemble, Nature Geoscience, 5,256-260, 25/03/2012
- Climateprediction, http://climateprediction.net/
- Université d’Oxford, 10,000 simulations show warming of 1.4-3°C by 2050, 26/03/2012, http://www.ox.ac.uk/media/news_stories/2012/120326.html


Auteur : Olivier Gloaguen

publié le 06/06/2012

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