Retombées du LEA Inserm Dundee-Toulouse : 2ème conférence sur le cancer

Près de 250 délégués se sont retrouvés du 12 au 14 juin 2008 sur le campus de l’Université de Dundee pour la 2ème conférence scientifique du Laboratoire Européen Associé (LEA) Inserm Dundee-Toulouse entièrement consacrée au cancer. Les scientifiques, du jeune thésard au chercheur le plus senior et internationalement reconnu comme par exemple Sir David Lane (ayant découvert la protéine p53, l’une des protéines anti-tumorales ubiquitaires majeures), ont présenté les derniers résultats de leur recherche s’articulant autour de 4 domaines scientifiques distincts : la signalisation cellulaire ; la recherche translationnelle et clinique ; le cycle cellulaire et le maintien du génome ; les technologies, l’imagerie et la recherche de nouveaux médicaments (drug discovery).

Cette conférence a mis un fort accent sur l’incitation et les efforts à mener pour faire progresser les résultats de recherche fondamentale vers des résultats appliqués puis cliniques afin de faire bénéficier au plus vite les patients touchés par le cancer. Au cours d’une conférence très diverse dans les domaines abordés, il a été bien mis en évidence que « chaque » type de cancer est différent, qu’il s’agisse des voies de signalisation, de la biologie cellulaire ou de l’environnement immédiat des cellules. Ces différences forcent les scientifiques à élucider les mécanismes cellulaires défectueux dans chaque cas afin de trouver les traitements adaptés et efficaces pour chacun des types de cancers.

Voici quelques exemples des travaux de recherche fondamentale actuellement menés par les chercheurs de ces deux pôles d’excellence :
• le gène codant pour la protéine p53 est le gène suppresseur de tumeur le plus fréquemment muté dans les cancers humains. A Dundee, dans le laboratoire du Dr Bourdon, 9 mutations ont été identifiées, l’une d’entre elles fortement associée à un mauvais pronostic de survie pour les patients porteurs de la mutation en question. Par ailleurs, le rôle de p53 sur la régulation d’autres voies de signalisation, même s’il reste encore méconnu dans de nombreux cas de figures, continue de s’accroître et présente un champ d’influence toujours plus large (point de contrôle du processus de division cellulaire, migration, invasion, etc.) ;
• l’angiogenèse, ou formation de nouveaux vaisseaux sanguins, est un phénomène physiologique normal apportant l’oxygène et les nutriments aux cellules. Dans le cas d’une division anarchique des cellules cancéreuses cependant, l’angiogenèse facilite cette division cellulaire. D’après des recherches menées à Toulouse, le simple fait d’inhiber l’angiogenèse de manière localisée n’est cependant pas suffisant, car les cellules cancéreuses s’adaptent aux conditions hypoxiques (manque d’oxygène) et mettent en place des systèmes compensatoires qui peuvent être encore plus nuisibles en terme de progression de la maladie ;
• les voies de signalisation dans lesquelles les protéines PTEN, suppresseur de tumeur, et PI3Ka, mutée dans de nombreux cancers (par exemple cancers du colon ou du sein), sont impliquées, sont aujourd’hui reprises par l’industrie pharmaceutique afin de développer de nouveaux produits anti-cancéreux ;
• le défaut d’attachement entre le centromère et les microtubules, éléments centraux du système de division de la cellule eucaryote, est souvent la cause majeure de la mauvaise ségrégation des chromosomes entre les deux cellules filles. Les modifications génétiques qui en découlent pourraient conduire à des désordres congénitaux ; d’autres travaux tentent de développer des composés chimiques capables d’inhiber le processus de division cellulaire au stade de la formation des fuseaux bipolaires.

Au plan des travaux de recherche cliniques, des résultats extrêmement intéressants ont été présentés, suggérant qu’un nouveau type de thérapie par la lumière pourrait être plus efficace que la chimiothérapie traditionnelle en termes de durée de survie des patients, dans le cas de cancers du sein spécifiques, nécessitant une résection ou une ablation. Il s’agit d’injecter chez le patient et au centre de la tumeur un composé chimique photosensible et inactif. Sous l’effet d’un laser ce composé est activé, devient toxique et tue les cellules cancéreuses. Ces travaux ont été menés sur plusieurs patients montrant une résistance à la chimiothérapie, et bien qu’ils aient été concluants (l’espérance de vie augmentait de quelques mois à quelques années), il est nécessaire de conduire des essais cliniques randomisés en double aveugle avant de pouvoir utiliser cette technique de façon régulière.

Historique de la collaboration Dundee-Toulouse
Le cancer fut un sujet phare lors des célébrations du bicentenaire de l’entente cordiale en juin 2004, qui poussa le Consul de France en Ecosse, le représentant de l’Inserm au Royaume-Uni, Prof. Christian Bréchot (alors Directeur Général de L’inserm) et Sir David Lane à imaginer une collaboration franco-britannique dans ce domaine de recherche. Un Laboratoire Européen Associé (LEA) entre les équipes de renommée internationale de Jean-Christophe Bourdon (Université de Dundee et Hôpital Ninewells) et Anne-Catherine Prats (Inserm U589, Toulouse) était alors officiellement démarré en janvier 2006. Les collaborations bilatérales entre ces deux laboratoires ont par la suite débordé sur l’ensemble du cancéropôle et de l’Université de Dundee, et des conférences où sont conviés universitaires, cliniciens et Biotechs sont aujourd’hui organisées tous les deux ans, en alternance à Toulouse et à Dundee,

Rédactrice : Dr Claire Mouchot

publié le 01/05/2009

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