> Scission du PPARC : des physiciens des particules, le CCLRC et le PPARC s’expriment... - mai 2006

Les physiciens des particules britanniques commencent à réagir de façon concertée à la proposition du gouvernement de fusionner les activités liées aux grands équipements du conseil de recherche Particle Physics and Astronomy Research Council (PPARC) avec celles du conseil de recherche Council for the Central Laboratory of the Research Councils (cf. Actualités scientifiques au Royaume-Uni, avril 2006, p. 8) pour former un nouveau Large Facilities Research Council (LFRC). Suivant la proposition, les activités d’agence de moyen du PPARC seraient quant à elle prises en charge par le conseil de recherche Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC). Le gouvernement a ouvert une consultation à ce sujet qui sera close le 16 juin 2006.

Les physiciens des particules adressent une lettre au Treasury
Fin avril 2006, des physiciens des particules ont écrit au Treasury (le ministère des finances et un des rédacteurs du document « Science and innovation investment framework 2004-2014 : next steps ») pour exprimer leur préoccupation au sujet de la fusion proposée. Ces scientifiques craignent que l’éclatement du PPARC, qui jusqu’à présent combinait son rôle d’investisseur dans de grands équipements avec celui d’agence de moyen pour des projets de recherche, ne conduise à une fragmentation du domaine. Ils estiment en effet que si le LRFC venait à être formé, la charge de l’exploitation des grands équipements devrait être confiée à l’organisme qui en finance la construction. Ceci impliquerait que la totalité des activités du PPARC devrait être incluse dans le nouveau conseil de recherche : ce serait en effet le seul moyen de planifier, construire et exploiter de façon efficace ces instruments.
La lettre adressée au Treasury a été envoyée, au nom de la communauté des physiciens des particules, par le professeur Mike Green, président du groupe de physique des particules de haute énergie de l’Institute of Physics (la société savante qui regroupe les physiciens britanniques). Le contenu de la lettre aurait été décidé au début du mois d’avril, lors d’une réunion du groupe à Warwick.

Le PPARC et le CCLRC prennent les devants dans leur réponse à la consultation
Le 22 mai 2006, les conseils de recherche PPARC et CCLRC ont quant à eux rendu publique leur contribution à la consultation ouverte sur leur avenir. Loin de jouer la carte de l’opposition au projet du gouvernement, ils auraient même plutôt tendance à prendre les devants. En effet, la réponse mise au point par les deux conseils donne une description des activités du nouveau conseil de recherche (types de financements, sujets couverts, planification stratégique etc.), de son organisation ainsi que du calendrier suggéré pour sa mise en place.
Selon les deux conseils de recherche, le futur conseil, dont ils ne disputent pas la création, sera « nouveau » et se fondera sur les meilleures pratiques qui existent actuellement au sein du PPARC et du CCLRC. Il ne s’agira pas d’une prise de contrôle d’un conseil par l’autre.

La question des financements de recherche
Le PPARC et le CCLRC s’attachent à la question qui préoccupe les physiciens des particules. En effet, le nouveau conseil de recherche devra répondre aux besoins de deux groupes de chercheurs : d’une part celui formé des scientifiques qui participent à des collaborations internationales bien établies et qui se concentrent sur des projets à long terme comme le Grand Collisionneur de Hadrons du CERN ou les télescopes spatiaux ou terrestres. L’autre groupe s’avère plus disparate et regroupe des scientifiques ayant besoin d’accéder à de grandes installations, par exemple celles produisant un rayonnement synchrotron, un rayonnement laser ou des neutrons. Il est formé de physiciens, de biologistes, de spécialistes de l’environnement ou de la police scientifique.
Le document conjoint demande que les financements de projets de recherche soient attribués au premier groupe de chercheurs par le nouveau conseil. En effet, il existe un lien étroit entre d’une part la conception et le développement des installations et d’autre part leur exploitation. En revanche, les financements de recherche attribués aux chercheurs du deuxième groupe devraient continuer à transiter par leurs conseils de recherche respectifs.

La gestion des grandes installations
Selon le CCLRC et le PPARC, un certain nombre de possibilités de grandes installations a été identifié par la communauté scientifique internationale : il est vital que le nouveau conseil de recherche prenne en charge la représentation des scientifiques britanniques lorsque ces possibilités deviendront réalité, l’établissement des priorités et les négociations (spécialement au niveau européen).
L’organisation décrite par les deux conseils de recherche devrait également soutenir l’installation de nouveaux équipements de grande taille sur l’un ou l’autre des deux Campus britanniques pour la Science et l’Innovation (Science and Innovation Campuses soit le site d’Harwell où est situé le Rutherford Appleton Laboratory et le site de Daresbury), au cas où cette installation apporterait des bénéfices stratégiques, scientifiques et économiques élevés.

Les domaines scientifiques couverts
Le CCLRC et le PPARC souhaiteraient intégrer à la nouvelle entité plusieurs domaines de recherche (dont certains étaient jusqu’alors couverts pour tout ou partie par le conseil de recherche Engineering and Physical Sciences Research Council). Il s’agit de :

  • la physique nucléaire et de la fusion nucléaire (dont les financements sont gérés par l’EPSRC) ;
  • les superordinateurs et la e-science (tous deux gérés par l’EPSRC) : les grandes installations ont occupé les avant postes pour le développement de la technologie Grid et sont d’importants utilisateurs des ressources des superordinateurs.

La coordination des activités liées à la technologie et à l’instrumentation spatiales : le nouveau conseil offrirait un point de convergence pour les universitaires, l’industrie et l’expertise spatiale située sur le campus d’Harwell. Le partenariat British National Space Centre verrait alors son rôle redéfini : il se concentrerait sur le conseil au gouvernement, sur la liaison avec les ministères, sur son rôle de leadership au conseil et des commissions clés de l’Agence Spatiale Européenne, sur la coopération internationale, sur la sensibilisation du public et sur d’autres questions politiques (la gestion des licences par exemple).

Le calendrier de mise en place
Un calendrier de mise en place volontariste est proposé par le CCLRC et le PPARC ; en effet, les deux conseils estiment que, si une fusion formelle prendra du temps, les deux conseils pourront se comporter, aussi tôt que possible, comme un nouveau conseil avec ses nouvelles structures. Ainsi, ils proposent que :

  • une structure de gestion partagée soit établie à partir du 1er septembre 2006 ;
  • les conseils aient une seule présidence (présidant toutefois deux entités légales séparées) et fonctionnent comme un nouveau conseil prototype à partir du 1er avril 2007 ;
  • la nouvelle entité, disposant d’un seul conseil, d’une seule présidence et d’un seul directeur général, fonctionne à partir du 1er avril 2008.

Le CCLRC et le PPARC jouent donc la carte de la coopération avec le gouvernement, mais leurs desiderata seront-ils respectés ?


Sources : ResearchResearch, 27/04/06 ; High Energy Particle Physics Group of the Institute Of Physics ; PPARC, 22/05/06


Auteur : Dr Anne Prost

publié le 20/07/2006

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