Signature à Londres d’une lettre d’intention sur le réseau électrique en mer du Nord

Les ministres de 10 pays bordant la mer du Nord (Allemagne, Belgique, Danemark, France, Irlande, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède) ont signé le 3 décembre 2010 à Londres une lettre d’intention destinée à faire du projet du réseau électrique sous-marin reliant leurs pays entre eux une réalité. Cette lettre d’intention est un moyen de définir la façon dont ce réseau sera développé. Elle couvre plusieurs aspects du projet, de sa planification aux réglementations à mettre en place pour l’encadrer, en passant par la gestion des difficultés techniques rencontrées.

Ce projet ambitieux de réseau électrique sous-marin a pour vocation principale d’amener l’électricité produite en mer du Nord, notamment grâce à l’énergie du vent et des vagues, vers le coeur de l’Europe où se concentre la demande. De surcroît, la mise en place d’un tel outil est en cohérence avec, par exemple, le développement de l’industrie éolienne en pleine mer, où les vents sont plus puissants et où les différentes autorisations nécessaires à la construction sont plus faciles à obtenir que dans les terres. Les liaisons par câbles sous-marins à haute tension permettront également aux pays interconnectés par le réseau d’importer ou d’exporter de l’électricité selon leurs besoins. Il s’agit enfin d’un moyen de pouvoir stocker à grande échelle l’énergie issue des sources renouvelables intermittentes, grâce à des barrages hydroélectriques qui se trouvent pour la plupart en Norvège. En effet, l’électricité produite en excès peut être utilisée pour remonter de l’eau en altitude, et une part de cette électricité (jusqu’à plus de 85%) est par la suite récupérée lorsque l’eau s’écoule depuis les barrages. Ce mode opératoire est déjà exploité avec succès autour d’une liaison à haute tension entre les Pays-Bas et la Norvège.

L’ensemble du projet, qui comprend la pose de milliers de kilomètres de câbles (avec un coût d’au moins 1 M euros par kilomètre posé), est estimé à 20 Md euros. Le projet s’inscrit pleinement dans les efforts que fournit l’Union Européenne pour créer un marché de l’électricité plus intégré et réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20% par rapport à 1990 d’ici à 2020. Ce réseau électrique en mer du Nord pourrait même s’avérer être un élément nécessaire à la stratégie européenne dans ce domaine. A ce titre, la Commission Européenne apporte son soutien aux recherches menées sur les aspects techniques sous-jacents à la création de cette infrastructure.

Parmi les enjeux techniques sur lesquels se penchent les chercheurs se trouve par exemple la configuration du réseau lui-même, c’est-à-dire quels doivent être les noeuds du réseau et comment ils doivent être reliés entre eux. Mais la difficulté majeure relève du génie électrique et réside dans le fait qu’une partie au moins des câbles devra transmettre du courant continu et non du courant alternatif : dans le cas de transmissions souterraines ou sous-marines, les lignes à haute tension transportant du courant alternatif sont soumises à des pertes magnétiques importantes qui rendent ce mode de transport peu adapté pour des distances supérieures à 80 km. L’utilisation de liaisons High Voltage Direct Current (HVDC, courant continu à haute tension) permet en outre de connecter entre eux des réseaux de courants alternatifs non synchrones ou présentant des fréquences différentes.

Ainsi, pour créer ce réseau électrique en mer du Nord, ce sont de nouveaux systèmes de contrôle et de nouveaux coupe-circuits qui devront être développés. Les premiers permettraient d’améliorer la gestion des fronts de tempête et de leurs conséquences sur les infrastructures de production d’électricité. Les coupe-circuits, eux, sont nécessaires afin de rendre possible l’isolement d’une partie du réseau où survient une avarie. De même, des redresseurs transformant le courant alternatif en courant continu devront être implantés auprès des installations de production d’énergie et sur terre pour alimenter les différents réseaux nationaux.

Outre le fait que cette lettre d’intention ait été signée à Londres, le Royaume-Uni, et en particulier l’Ecosse, a un rôle important à jouer dans le développement d’un tel réseau électrique international, et des bénéfices à en retirer. Pour Jim Mather, le ministre de l’énergie du gouvernement écossais, ce réseau sous-marin ouvrira à son pays la possibilité d’exporter en grande quantité l’énergie propre issue des sources renouvelables dont il regorge. Les perspectives semblent en effet très prometteuses, étant donné que selon certaines estimations, les ressources éoliennes et houlomotrices de l’Ecosse pourraient générer sept fois sa consommation énergétique !


Sources :
- Nature, 02/12/10 - http://www.nature.com/news/2010/101201/pdf/468624a.pdf
- BBC News, 03/12/10 - http://www.bbc.co.uk/news/business-11909048
- News.scotsman.com, 04/12/10 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/5jYwo


Auteur : Joël Constant

publié le 17/01/2011

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