Signature d’un concordat pour soutenir l’intégrité de la recherche britannique

Universities UK (UUK), l’organisation représentant les universités britanniques, a travaillé conjointement avec les conseils de recherche, les conseils de financement de l’enseignement supérieur, le Wellcome Trust et certains ministères, à l’établissement d’un code de conduite visant à soutenir l’intégrité de la recherche britannique. Le document, préfacé par le secrétaire d’Etat chargé des universités et de la science, David Willetts, a été publié en juillet 2012.

Antécédents

Un article récemment publié dans le journal Nature a fait état du cas absolument aberrant d’un anesthésiologiste japonais, Yoshitaka Fujii, qui est sur le point d’établir un nouveau record dans le domaine de la publication scientifique : celui du chercheur ayant le plus grand nombre d’articles rétractés. L’intégralité de sa liste de publications fait l’objet d’un examen approfondi, soit environ 200 articles publiés au cours d’une carrière de 20 ans. Il semblerait que Fujii ait non seulement fabriqué des études de toutes pièces, mais également inventé des participants sans que qui que ce soit, collaborateurs, financeurs de sa recherche, institut hôte ou éditeurs, ne s’en apercoive, ou du moins, ne prenne action.

Si ce cas est pour le moins extrême, il convient de noter que les exemples de fautes professionnelles dans le domaine de la recherche scientifique, qu’il s’agisse de plagiat, d’auto-plagiat ou de manipulations de données et de résultats, sont de plus en plus rapportés dans les médias et concernent des scientifiques en exercice aussi bien que d’anciens scientifiques occupant dorénavant des postes divers et variés (souvenons-nous ici par exemple du cas de l’ancien ministre de la défense allemand dont le travail de thèse a été soumis à un examen approfondi pour cause de plagiat). De nombreuses raisons ont pu être invoquées pour, si ce n’est justifier, essayer de comprendre ce qui peut amener un chercheur à falsifier ou plagier des résultats. La nature compétitive de la discipline et la nécessité de devoir publier à tout prix et être reconnu par ses pairs en font partie.

Comme le stipule David Willetts cependant, la recherche est critique pour la prospérité du pays, elle fournit les fondations de la croissance économique et permet de rendre le Royaume-Uni plus compétitif. Pour maintenir la position privilégiée de la recherche britannique, il convient de s’assurer que le travail effectué par la communauté est soutenu par des valeurs communes que sont la rigueur, le respect et la responsabilité. Si l’intégrité des chercheurs britanniques n’est pas ici remise en question, le secrétaire d’Etat pense qu’il ne faut néan-

moins pas se contenter de la situation actuelle et pouvoir être en mesure de prouver l’ouverture, la transparence et la responsabilité des recherches effectuées lorsque des fonds publics sont engagés. Le rapport publié par UUK, The concordat to support research integrity, s’inscrit ainsi dans une sorte de mouvance internationale, deux rapports similaires ayant été publiés en 2010 (The Singapore Statement on Research Integrity) et 2011 (The European Code of Conduct for Research Integrity).

Le concordat

Les signataires et partisans [1] du concordat s’engagent à :

- maintenir les plus hauts standards de rigueur et d’intégrité dans tous les aspects de la recherche - les éléments centraux de cet engagement sont l’honnêteté, la rigueur, la transparence et la communication ouverte aussi bien en ce qui concerne la déclaration de conflits d’intérêts que le partage de résultats négatifs par exemple, le soin et le respect de tous les participants et sujets de recherche, qu’il s’agisse d’humains, d’animaux, de l’environnement ou d’objets culturels. Ces éléments s’appliquent à tous les aspects de la recherche, dont la préparation et la soumission de projets, la publication et la dissémination des résultats et l’apport d’expertise pour les projets et publications des pair ;

- assurer que la recherche est conduite en accord avec des réglementations, obligations et standards éthiques, légaux et professionnels appropriés. Ces réglementations et standards ont bien souvent une dimension internationale et évoluent avec le temps. Toutes les parties impliquées dans la recherche doivent donc s’engager à se maintenir informées des avancées et modifications de ces éléments ;

- soutenir un environnement de recherche étayé par une culture d’intégrité et fondé sur une bonne gouvernance, les bonnes pratiques et le soutien au développement des chercheurs. Cet engagement est du ressort des employeurs et de toutes les personnes entreprenant, soutenant ou engagées dans la recherche. Un environnement prônant le développement de bonnes pratiques et incorporant une culture d’intégrité de la recherche devrait, au minimum, inclure : des pratiques et procédures claires soutenant les chercheurs, des opportunités d’apprentissage, de formation et de conseils appropriées au développement des chercheurs, un système de gestion robuste assurant que les bonnes pratiques sont mises en oeuvre, une conscience, au sein des chercheurs, des standards et comportements attendus de leur part, des systèmes, au sein de l’environnement de recherche permettant d’identifier de potentielles préoccupations à un stage précoce. Il est conseillé que les employeurs identifient un membre du personnel, à un poste senior, agissant comme point de contact pour quiconque souhaiterait des informations supplémentaires sur la notion d’intégrité de la recherche ;

- utiliser des procédés transparents, robustes et justes pour faire face à des allégations de fautes professionnelles, si tant est que celles-ci surviennent. Le concordat reconnaissant que la liberté académique est fondamentale à la production d’une recherche d’excellente qualité, il en découle que c’est l’individu, le chercheur, qui est seul responsable d’une éventuelle faute professionnelle, qui peut prendre plusieurs formes : fabrication, falsification, plagiat, manquement aux obligations éthiques, légales et professionnelles, entrave aux allégations de faute professionnelle ;

- travailler de concert pour renforcer l’intégrité de la recherche et revoir de façon régulière et ouverte les progrès effectués.

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[1] Les partisans du concordat sont : Academy of Medical Sciences, Association of Research Managers and Administrators, British Medical Journal, British Psychological Society, Cancer Research UK, Committee on Publication Ethics, Council of University Classical Departments, CREST (Consortium for Research Excellence, Support and Training), Department for Business, Innovation and Skills, Government Office for Science, Improving Dispute Resolution Advisory Service for Further and Higher Education, Medical Schools Council, Royal Musical Association, UK Research Integrity Office

Sources :

- Through the gaps, Nature, Editorial, 19/09/2012, p 335, vol 489, issue 7416, http://www.nature.com/news/through-the-gaps-1.11427
- Retraction record rocks community, Nature, News, 19/09/2012, p 346, vol 489, issue 7416, http://www.nature.com/news/retraction-record-rocks-community-1.11434
- The concordat to support research integrity, UUK, juillet 2012, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/GibEM
- The concordat to strengthen research integrity, HEFCE, juillet 2012, http://www.hefce.ac.uk/whatwedo/rsrch/rinfrastruct/concordat/

Rédacteurs :

Maggy Heintz

publié le 06/12/2012

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