Stratégies pour la recherche et l’innovation en sciences du vivant et santé : deux documents phares

Le gouvernement britannique a publié le 5 décembre une révision de l’environnement de l’innovation au sein des services de santé britanniques (NHS) en parallèle avec une stratégie pour les sciences du vivant. Les deux documents "Innovation Health and Wealth, Accelerating adoption and diffusion in the NHS" et "Strategy for UK Life Sciences" ont été préparés en relation étroite avec les secteurs industriel, universitaire, clinique ainsi que de nombreuses parties prenantes, à la fois au sein et en dehors, du NHS.

Dans le contexte de cette stratégie, le gouvernement britannique a défini le terme innovation comme suit : "une idée, un service ou un produit nouveau, ou appliqué d’une manière nouvelle, au sein du NHS et qui améliore la qualité de la santé et des soins lorsqu’il est appliqué". Par conséquent, l’innovation est entendue ici comme l’ensemble d’un processus (réussi) incluant l’invention, le développement, l’exécution (adoption) et la dissémination de l’idée pour une utilisation large.

1. La recherche et de l’innovation en matière de santé

1.1 Le contexte britannique

La réputation du Royaume-Uni en matière de recherche en sciences du vivant n’est plus à faire : 27 Prix Nobel de phy∆siologie ou médecine, 4,2% des brevets mondiaux, 40% des produits brevetés, 50% des nouveaux médicaments sur le marché et 6% des essais cliniques mondiaux menés sur le territoire britannique à la fin des années 90.

Au plan du secteur industriel, le Royaume-Uni repose en grande partie sur le secteur des sciences du vivant, celui-ci représentant 27% des dépenses de R&D globales britanniques (chiffres 2009). Or, les années 2000 ont été le témoin d’un déclin, considéré aujourd’hui comme irréversible, de l’industrie pharmaceutique. Le raisons de ce déclin sont nombreuses, notamment les coûts exponentiel de R&D, une réglementation toujours plus stricte pour les autorisations de mise sur le marché de nouveaux produits thérapeutiques et le "patent cliff", (expiration des brevets de quelques grands succès commerciaux) et sa conséquence directe qui est une réduction importante des revenus dans les années à venir.

1.2 Le NHS et l’économie

Des estimations récentes indiquent que les pertes économiques liées aux problèmes de santé dans la population générale pourraient se monter à près de 100 Md£ par an. Le rôle du National Health Service (NHS, Services de santé britanniques) est donc double : réduire la charge économique due aux problèmes de santé de la population et contribuer à la croissance économique à travers celle des secteurs industriels de la santé et des sciences du vivant, qui sont son client principal. Une étude approfondie précédent la publication des deux stratégies a conclu que le NHS venait contribuer à l’économie du pays via quatre cercles vertueux distincts :

- En améliorant les services offerts, car une population en bonne santé est plus productive et plus économiquement active ;
- en adoptant l’innovation dans le but d’améliorer sa propre productivité, le NHS peut améliorer les bénéfices à la santé du public ;
- en accélérant l’adoption et la dissémination de l’innovation à travers l’ensemble du NHS, ce dernier favorise la croissance du secteur des sciences du vivant ;
- en exportant l’innovation, ses idées et son expertise, le NHS offre de nouvelles opportunités de business à l’étranger pour des entreprises britanniques.

1.3 Une vision de l’avenir

La publication de ces deux stratégies s’inscrit dans ce contexte de contraintes plurielles et de réformes en profondeur du système de la recherche en santé au Royaume-Uni démarrées au milieu des années 2000. Les pouvoirs publics britanniques estiment donc que la reprise de la croissance passera par une amélioration de l’environnement de l’innovation dans le secteur de la santé et des sciences du vivant. Ces documents exposent les moyens envisagés pour créer cet environnement afin, d’une part, qu’il soit propice à l’essor du secteur privé et attire les investissements sur le territoire britannique, et, d’autre part, qu’il bénéficie à la nation entière et aux patients britanniques.

En particulier, le Royaume-Uni cherche à maintenir sur son territoire les compétences et l’investissement de l’industrie de santé : il a, pour cela, allié l’industrie pharmaceutique à l’ensemble des étapes du processus de consultation avec pour objectif de créer un environnement propice à leur résurgence et permette un redéploiement important de leurs investissements en R&D.

2. La stratégie d’innovation au sein du NHS

Ce document, intitulé "Innovation Health and Wealth - Accelerating adoption and diffusion in the NHS" (Politique d’innovation en matière de santé et de prospérité - accélérer l’adoption et la diffusion au sein du NHS), résulte des suites d’une consultation menée plus tôt dans l’année, qui avait rencontré un fort intérêt et rassemblé plusieurs milliers de réponses : une constante parmi celles-ci était la nécessité pour le NHS de créer un environnement pour l’innovation qui analyse de manière systématique les idées nouvelles et favorise leur dissémination à travers le tissu du NHS. Pour réussir, le NHS doit collaborer plus étroitement et plus efficacement avec l’industrie et le secteur universitaire, et inclure les patients comme partenaires et non seulement comme sujets d’expérimentation.

Par ailleurs, le NHS fait aujourd’hui face à des défis importants, qu’il s’agisse de l’augmentation de la population, de l’allongement de la durée de vie, de l’accroissement du nombre de patients vivant avec des maladies chroniques, etc. La révision de la politique d’innovation vient donc placer le NHS au centre du dispositif pour optimiser sa contribution à l’économie et à la croissance du pays.

Le NHS possède un historique riche en termes d’innovation (fécondation in vitro, imagerie à résonnance magnétique, génétique des empreintes digitales, seringues jetables, etc.). En revanche, les études ont montré que ce sont le déploiement et l’adoption des ces innovations au sein des différentes couches du NHS qui ont souvent été trop lents. Le document indique donc la manière de réduire les six barrières à l’adoption de l’innovation identifiées comme étant le manque : i) de preuves et d’indicateurs métriques, ii) de reconnaissance et de célébration de l’innovation et des innovateurs (également iii) en termes de récompenses financières pour ces derniers), iv) d’outils disponibles pour favoriser l’innovation, v) de leaders en termes d’innovation et, vi) d’une architecture systématique efficace soutenant l’innovation.

3. Les axes forts qui ressortent de la consultation

Suite à la consultation ayant été menée dans le cadre de cette révision, huit actions à mettre en oeuvre ont été identifiées et sont développées ci-dessous.

3.1 Harmoniser la mise en oeuvre des règles énoncées par le National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE) au sein du NHS sur l’ensemble du territoire

Des règles de conformité seront mises en oeuvre par le NICE (National Institue for Health and Clinical Excellence) avec pour objectif de réduire les variations géographiques existantes dans le cadre des évaluations technologiques du NICE (NICE Technology Appraisals). Les recommandations de ces der∆nières devront être incorporées automatiquement dans les formulaires des agences locales du NHS de telle manière que les pratiques cliniques appropriées sûres soient favorisées.

3.2 Développer, en collaboration avec l’industrie, de meilleurs indicateurs métriques sur l’innovation

La conformité énoncée ci-dessous sera contrôlée à l’aide d’une feuille de marque (scorecard) de l’innovation, et sera facilitée par la mise en place d’un site Internet unique en libre accès et contenant une information exhaustive sur l’innovation. Par ailleurs, le gouvernement s’engage à travailler en étroite collaboration avec le magazine Which ? (équivalent de "60 millions de Consommateurs") pour accroître la sensibilisation du public aux innovations de santé et, enfin, à établir une nouvelle base de données sécurisée au sein du Medicines and Healthcare products Regulatory Agency (MHRA, agence chargée de l’autorisation de mise sur le marché des médicaments et appareils médicaux).

3.3 Etablir un mécanisme systématique et efficace pour la diffusion et la collaboration au sein du NHS

Plusieurs Academic Health Science Networks seront créés sur l’ensemble du territoire, suivant un processus dont les détails seront rendus publics au printemps 2012. Par ailleurs, une revue de fin d’activité de tous les organismes financés ou parrainés par le NHS/DH sera lancée et, avec effet immédiat, le NICE prendra la responsabilité du programme innovative Technology Adoption Procurement Programme (iTAPP, programme d’achats pour l’adoption des technologies innovantes).

3.4 Ajuster les mesures incitatives et les investissements visant à encourager et récompenser l’innovation à tous les niveaux : organisationnel, financier et humain

Seront mises en oeuvre des mesures incitatives financières, de performance et d’opération pour soutenir l’adoption et la diffusion de l’innovation. D’autres mesures visent notamment à établir l’établissement d’un fonds pour l’innovation pour les services spécialisés commissionnés et à réajuster les prix des médicaments et des appareils médicaux achetés aux entreprises. Ces prix sont négociés pour être à la fois compétitifs pour le NHS mais également justes pour l’industrie pharmaceutique qui doit pouvoir continuer à mener une recherche de pointe grâce à ces revenus.

3.5 Améliorer les processus à suivre pour les achats et acquisitions dans le NHS

Une stratégie d’achat sera publiée en mars 2012 et le gouvernement s’engage à doubler l’investissement du Small Business Research Initiative (SBRI) et à effectuer une révision la stratégie existante concernant la propriété intellectuelle au sein du NHS et à développer un modèle de contrats approprié.

3.6 Transformer la culture du NHS en termes d’innovation en formant les personnels scientifiques, cliniques et managers

L’objectif est d’insérer une culture de l’innovation tôt au cours des cursus d’enseignement ou des programmes de formation de cadres. Un programme conjoint de formation pour les cadres seniors du NHS et de l’industrie, et un de fellowship pour l’innovation au NHS seront mis en place.

3.7 Renforcer le leadership d’innovation à tous les niveaux

Le cadre opérationnel du NHS demande que celui-ci hiérarchise l’adoption et la diffusion des bonnes pratiques et de l’innovation efficace ; les "Clinical Commissioning Groups" (groupes de mise en oeuvre des pratiques cliniques) auront le devoir de chercher et d’adopter les bonnes pratiques et de promouvoir l’innovation. Le gouvernement renforcera le leadership et les responsabilités au niveau des conseils d’administration.

3.8 Identifier et autoriser l’adoption d’innovations à fort impact

Le gouvernement cherchera à accélérer l’utilisation de technologies d’assistance au NHS, visant à améliorer au moins trois millions de vies au cours des cinq prochaines années. En guise d’exemple, notons des systèmes de contrôles doppler de l’oesophage (ODM, Oesophagus Doppler Monitor) ou encore un programme appelé "child in a chair in a day" (un enfant dans une chaise dans la journée) pour accélérer l’accès aux fauteuils roulants.

4. La stratégie pour les sciences du vivant au Royaume-Uni

La stratégie pour les sciences du vivant établit une approche nouvelle visant à transformer, sur le long terme, l’environnement de l’innovation en santé et les secteurs des sciences du vivant. Cette stratégie repose sur quatre piliers :
- construire un écosystème britannique des sciences du vivant ;
- attirer, développer et récompenser les meilleurs talents ;
- abolir les barrières existantes et mettre en oeuvre de nouvelles mesures incitatives pour la promotion de l’innovation en santé (en particulier aux étapes ou des lacunes de financement avaient été identifiées). Pour cela, 310 M£ sur 3 ans ont été annoncé avec pour objectif de favoriser la commercialisation de la recherche universitaire ;
- réduire la bureaucratie dans le cadre de la mise en place d’essais cliniques.

Parmi les priorités scientifiques retenues par le premier ministre David Cameron, notons les thématiques de thérapie cellulaire, de médecine régénérative et de bioinformatique ; la mise en place de partenariats en médecine translationnelle et biopharmaceutiques avec la Chine ; les mesures fiscales de crédit d’impôt recherche pour les PME innovantes ; le changement de constitution du NHS permettant l’accès aux dossiers médicaux des patients pour les entreprises en santé effectuant de essais cliniques ; et le développement d’une banque de données "bioressource" pour accélérer la médecine expérimentale.


Sources :
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/bcLya
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/WirS7


Auteur :
- Dr Claire Mouchot

publié le 19/03/2012

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