Suivi des investissements en R&D industriel au Royaume-Uni : le R&D Scoreboard

La vingtième édition annuelle du R&D Scoreboard britannique a été publiée en novembre 2010 par le ministère des entreprises, de l’innovation et des compétences (BIS, Business, Innovation and Skills). Elle en sera la dernière édition.

Ce Scoreboard est un indicateur international des entreprises investissant le plus dans la recherche et le développement. Il s’agit d’un point de référence non seulement pour les entreprises mais également pour les investisseurs et les décideurs politiques. Cette édition 2010 du rapport analyse, pour l’année 2009, les dépenses en R&D et les performances financières de UK1000 (les 1000 entreprises britanniques et étrangères implantées au Royaume-Uni les plus actives en termes de R&D) et de G1000 (les 1000 entreprises les plus actives en R&D à l’échelle mondiale). Subdivisé en trois parties présentant : a) les tendances clés par secteur de R&D et une comparaison des performances britanniques et mondiales, b) un résumé par secteur (aérospatial et défense, automobile, banques, télécommunications, industrie pharmaceutique et biotechnologie...), et c) les différences en R&D entre les entreprises en fonction de la valeur des ventes. Ce rapport a toujours représenté un outil de grande valeur pour le gouvernement, lui permettant de surveiller la R&D au niveau national ainsi que l’impact de ses politiques d’incitation telles le crédit d’impôt recherche.

Les éléments clés de cette édition 2010 montrent que :
- malgré le climat économique, les dépenses en R&D industrielle de UK1000 n’ont enregistré qu’une baisse de 0,6% en 2009, par rapport à 2008, sur un investissement total de l’ordre de 25,3 Md£ ;
- 80% des activités de R&D sont réalisées par les 100 entreprises les plus actives du pool UK1000 ;
- à l’échelle du G1000 a été dépensé un total de 344 Md£, représentant une baisse de 1,9% par rapport à l’année précédente. Les dépenses encourues par les 50 entreprises britanniques de ce groupe n’ont quant à elles chuté que de 1% ;
- 78% des dépenses mondiales de R&D sont concentrées dans cinq pays : les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ;
- l’intensité globale de la R&D (définie en tant que proportion des dépenses par rapport aux ventes) est de 3,6%. Cette intensité mesurée pour UK1000 est de 1,7%.

La distribution des dépenses en R&D par secteur d’activités

=> Au Royaume-Uni

Les dépenses en R&D par les entreprises de UK1000 sont largement dominées par cinq secteurs : l’industrie pharmaceutique et les biotechnologies, l’aérospatial et la défense, les logiciels et services informatiques, l’automobile et les banques, qui représentent 60% de l’investissement total. Le déclin de 0,6% des investissements en R&D de UK1000 a été majoritairement lié à la baisse des dépenses dans les secteurs bancaires, de l’aérospatial, de la défense et des télécommunications fixes (ce dernier secteur a enregistré une baisse du niveau d’investissement de 8%, contre 7% pour le secteur bancaire). En revanche, les secteurs tels l’automobile, les logiciels et les services informatiques, l’équipement et les infrastructures informatiques ont augmenté leurs dépenses globales en termes d’activités de R&D, jusqu’à hauteur de 9% pour l’automobile et les logiciels et services informatiques. L’industrie pharmaceutique et les biotechnologies reste le secteur investissant le plus fortement en R&D et représente 35% du total de UK1000, soit cinq fois plus que l’aérospatial et la défense, le 2ème secteur britannique en termes d’investissement en R&D (7%, voir figure 1).

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L’évolution des dépenses de R&D au cours des cinq dernières années au Royaume-Uni est représentée sur la figure 2 et fait état non seulement de la prédominance de l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies mais aussi des coupures effectuées par les secteurs de l’aérospatial et de la défense ainsi que les banques, les producteurs de gaz et de pétrole, et les producteurs alimentaires, ces deux dernières catégories étant retombées, en 2009, aux niveaux d’investissement de 2007.

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=> A l’échelle mondiale

A l’échelle mondiale, les investissements dans les activités de R&D sont concentrés dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies, des logiciels et des services informatiques, de l’automobile, tous trois faisant partie des secteurs également privilégiés au Royaume-Uni, auxquels s’ajoutent l’équipement et les technologies informatiques ainsi que l’électronique et l’équipement électrique. Ces cinq secteurs représentent 66% des investissements effectués par le G1000 (voir figure 3).

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En termes de comparaison internationale, des variations significatives sont constatées entre les principaux pays. Si la France, le Japon et les Etats-Unis ont un portefeuille d’investissement relativement varié, privilégiant au moins trois secteurs distincts d’activité, l’Allemagne continue de concentrer ses investissements dans les domaines de l’automobile tandis que la Suisse et la Corée du Sud privilégient, respectivement, l’industrie pharmaceutique et les biotechnologies d’une part et l’équipement électrique d’autre part (voir figure 4).

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La concentration de la R&D au Royaume-Uni

En 2009, 80% du total des dépenses de R&D de UK1000 a été attribué à 100 entreprises. Sur ces 100 entreprises, les 50 entreprises britanniques du G1000 représentaient 60% des dépenses de UK1000, et 60% de leurs investissements étaient concentrés dans trois grands secteurs : l’industrie pharmaceutique et les biotechnologies, les banques et la production de gaz et de pétrole.

Les dix entreprises britanniques, ou implantées au Royaume-Uni, ayant investi le plus en R&D en 2009 restent inchangées par rapport à 2008 et sont, par ordre d’importance :
- GlaxoSmithKline (industrie pharmaceutique et biotechnologies, 3,62 Md£) ;
- AstraZeneca (industrie pharmaceutique et biotechnologies, 2,74 Md£) ;
- BT (télécommunications fixes, 1,02 Md£) ;
- Unilever (production alimentaire, 792 M£) ;
- Royal Dutch Shell (production de gaz et de pétrole, 679 M£) ;
- Royal Bank of Scotland (secteur bancaire, 559 M£) ;
- HSBC (secteur bancaire, 472 M£) ;
- Rolls-Royce (aérospatial et défense, 471 M£) ;
- Airbus Operations (aérospatial et défense, 367 M£) ;
- BP (production de gaz et pétrole, 363 M£) ;

Sur ces sept entreprises, seul GlaxoSmithKline a augmenté ses dépenses par rapport à 2008, et ce de 9,5%, tandis qu’AstraZeneca a enregistré une baisse d’investissement de 12%. Malgré cela, le montant investi par ces deux entreprises pour les activités de R&D atteint 6,4 Md£ et représente 25% de l’investissement total de UK1000. Bentley Motors (secteur automobile), Reed Elsevier (secteur de l’édition), Eisai Europe (industrie pharmaceutique) et BAT (secteur du tabac) ont fait leur entrée au tableau des 25 entreprises de UK1000 investissant le plus en R&D en 2009. Reed Elsevier et BAT ont investi un total combiné de 331 M£.

A l’échelle mondiale, les dix entreprises de G1000 réalisant les investissements les plus importants en R&D en 2009 sont :
- Toyota Motor (industrie automobile, Japon, 6,01 Md£) ;
- Roche Switzerland (industrie pharmaceutique et biotechnologies, Suisse, 5,68 Md£) ;
- Microsoft (logiciels et services informatiques, Etats-Unis, 5,39 Md£) ;
- Volkswagen (industrie automobile, Allemagne, 5,14 Md£) ;
- Pfizer (industrie pharmaceutique et biotechnologies, Etats-Unis, 4,80 Md£) ;
- Novartis (industrie pharmaceutique et biotechnologies, Suisse, 4,58 Md£) ;
- Nokia (technologie et équipement informatique, Finlande, 4,44 Md£) ;
- Johnson & Johnson (industrie pharmaceutique et biotechnologies, Etats-Unis, 4,32 Md£) ;
- Sanofi-Aventis (industrie pharmaceutique et biotechnologies, France, 4,06 Md£) ;
- Samsung Electronics (électronique et équipement électrique, Corée du Sud, 4,00 Md£) ;

Sanofi Aventis, seule entreprise française présente dans ce top 25 des entreprises de G1000, se positionne au 9ème rang, ce qui lui confère une montée de trois places par rapport au classement de 2008 malgré un montant d’investissement inchangé.

Résumé par secteur d’activité

Un tableau résumant les activités par secteur en termes de nombre d’entreprises, investissement en R&D en 2009 et évolution par rapport à 2008 pour UK1000 est présenté en fin d’article (voir tableau 1). Des chiffres clés pour les 6 secteurs les plus importants au Royaume-Uni sont cependant exposés ci-dessous.

Aérospatial et défense
- Parmi 43 entreprises faisant partie de UK1000, 7 font partie de G1000 ;
- Les dépenses en R&D ont chuté de 5% au Royaume-Uni (par rapport à la baisse mondiale de 0,7%) ;
- 2ème plus important contributeur de UK1000 et 7ème de G1000 ;
- Les leaders dans le domaine à l’échelle mondiale sont EADS et Boeing, respectivement classés à la 30ème et 36ème place ;
- Les leaders dans le domaine à l’échelle du Royaume-Uni sont Rolls Royce (baisse des dépenses de 4%), Airbus (baisse des dépenses de 26%) et BAE systems (augmentation des dépenses de 10%).

Automobile
- Parmi 31 entreprises faisant partie de UK1000, 72 font partie de G1000 ;
- Les dépenses mondiales en R&D ont chuté de 11,6% ;
- 4ème plus important contributeur dans UK1000 et 3ème dans G1000 ;
- Les leaders dans le domaine sont Land Rover (augmentation des dépenses de 38%), Ford Motors (baisse des dépenses de 24,6%) et Bentley (augmentation des dépenses de 119%).

Banque
- 5ème plus important contributeur dans UK1000 et 15ème dans G1000 ;
- Les dépenses en R&D ont chuté de 7% au Royaume-Uni par rapport à la croissance de 8,6% constatée à l’échelle mondiale ;
- La Royal Bank of Scotland, HSBC et Barclays sont dans le top 25 de UK1000, et dominent le secteur avec 93% de dépenses en R&D en 2009, soit une augmentation de 5% par rapport à 2008 ;
- Mis à part HSBC, les cinq banques inclues dans UK1000 ont diminué leurs dépenses en R&D, notamment Lloyds Bank (-21%) et Alliance and Leicester (-51,5%).

Télécommunications fixes et mobiles
- 9ème et 14ème plus importants contributeurs dans UK1000, respectivement, en 2009 ;
- BT et Vodafone dominent le secteur, et représente à eux deux 92,5% des dépenses en R&D du secteur ;
- BT et Vodafone sont respectivement à la 3ème et 15ème place du classement UK1000 et sont les deux seules entreprises de télécommunications dans le top 25 de UK1000 ;
- Les investissements dans les activités de R&D dans le secteur ont diminué de 8% au Royaume-Uni.

Industrie pharmaceutique et biotechnologies
- 6 des 25 plus gros investisseurs de UK1000 et 8 des 25 plus gros investisseurs de G1000 sont des industries pharmaceutiques et de biotechnologies ;
- Roche et Pfizer sont à la 2nde et 5ème place respectivement dans G1000 tandis que GlaxoSmithKline est la seule entreprise britannique présente au top 25 de G1000 ;
- Le secteur a augmenté ses dépenses de R&D de 5,5% à l’échelle mondiale, contre 0,9% seulement au Royaume-Uni ;
- Il y a 129 entreprises de pharmaceutique et de biotechnologies dans UK1000 et 112 dans G1000 ;
- Les dépenses dans ce secteur au Royaume-Uni sont fortement concentrées, GlaxoSmithKline et AstraZeneca totalisant 71,4% des dépenses.

Logiciels et services informatiques
- 3ème plus important contributeur dans UK1000 et 4ème dans G1000 ;
- Les dépenses en R&D ont chuté de 0,4% à l’échelle mondiale mais ont augmenté de 8,6% au Royaume-Uni ;
- 152 entreprises de logiciels et de services informatiques font partie de UK1000 ;
- Sur 74 entreprises du secteur présentes dans G1000, seules 6 sont au Royaume-Uni ;
- Seules deux entreprises font partie du top 25 dans G1000. Microsoft et IBM sont respectivement classées 3ème et 22ème en termes d’investissement en activités de R&D à l’échelle mondiale. Sage, entreprise britannique, occupe quant à elle la 337ème place.

Conclusion

Ce rapport détaillé fait état des forces et faiblesses du Royaume-Uni en matière de R&D industrielle au cours de l’année 2009. Il est intéressant de noter que malgré le contexte économique, l’investissement en termes d’activités de R&D a atteint 25,3 Md£, n’enregistrant ainsi qu’une diminution de 0,6% par rapport à 2008, ce qui se compare très favorablement aux variations d’investissements observées aux Etats-Unis (-5%), en France (-4%), en Allemagne (-3%) et en Suède (-8%).

David Willets, secrétaire d’Etat pour la science et l’innovation, réitère dans l’avant propos du document non seulement la volonté du gouvernement de créer un environnement propice au développement des entreprises, à même d’exploiter l’excellence de la recherche britannique, mais également son engagement à offrir un régime fiscal pour les entreprises très compétitif à l’échelle européenne et la consultation des entreprises par le HM Treasury en ce qui concerne la taxation de la propriété intellectuelle et le crédit d’impôt recherche.

Cette étude annuelle qui a permis au gouvernement au cours des 20 dernières années de suivre les progrès des grandes entreprises en termes d’investissement, nationalement et internationalement, ne sera pas reconduite en 2011. Produit par Company Reporting et The Economist Intelligence Unit, ce rapport coûte 410 k£ par an au ministère des entreprises, de l’innovation et des compétences, qui, en ces temps de restrictions budgétaires, a estimé que les entreprises comprenaient dorénavant beaucoup mieux l’importance de la R&D pour leur développement à long terme et qu’il était donc raisonnable d’arrêter le suivi de leurs activités dans ce domaine. Un article publié en couverture de Research Fortnight le 1er décembre 2010 fait cependant état de la perte, notamment pour le gouvernement, que cet outil va représenter. David Kingham, ancien directeur d’Oxford Innovation, suggère que le NESTA (National Endowment for Science Technology and the Arts) reprenne le flambeau, mais Kieron Flanagan, maître de conférence en politique scientifique et technologique et en gestion de la Manchester Business School est de l’avis qu’un indice de l’innovation développé par le NESTA serait plus à même de remplacer le R&D Scoreboard, compte-tenu du fait qu’activités de R&D et d’innovation ne sont plus forcément équivalentes. Un communiqué du gouvernement en date du 14 octobre a annoncé, sujet à approbation par la commission caritative, l’indépendance du NESTA, qui ne sera plus financé par le gouvernement et deviendra une organisation caritative à part entière. Cette transition est perçue par nombre d’intéressés, et notamment par Jonathan Kestenbaum, directeur du NESTA comme positive, permettant au NESTA de renforcer sa mission et d’aborder les grands défis socio-économiques britanniques de façon plus indépendante.

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Sources :
- BIS, The 2010 R&D Scoreboard, Commentary and Analysis - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/6Pmzc
- Research Fortnight, 01/12/10, BIS axes annual survey of industry R&D


Auteur : Dr Maggy Heintz

publié le 17/01/2011

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