The Big Innovation Centre

L’innovation fait partie intégrante de l’agenda politique de nombreux pays, et le Royaume-Uni ne fait pas exception à la règle. Investir dans l’innovation permet de stimuler la croissance économique et l’emploi. Si le Royaume-Uni a su privilégier les marchés porteurs au 19ème siècle en investissant dans l’industrie ferroviaire et les activités manufacturières, il lui faudra réitérer au 21ème siècle et prendre les bonnes décisions en soutenant l’économie bas carbone, les énergies renouvelables, les sciences de la vie ou encore l’économie de la santé. Identifier les secteurs porteurs et passer à l’action sont cependant deux choses bien distinctes, et le pays semble avoir du mal à franchir le cap : le niveau de la dette publique et privée est non viable, le taux de chômage chez les jeunes très élevé, et l’adoption de solutions connues et testées est très souvent préférée à la prise de risques, considérée comme synonyme d’innovation. La compétition internationale, qui s’intensifie de plus en plus, redouble cependant la nécessité d’un écosystème national d’investissement et d’innovation robuste.

Dans ce climat socio-économique morose, le Big Innovation Centre a vu le jour, le 8 septembre 2011. Né d’un partenariat entre l’Université de Lancaster et la Work Foundation, le Big Innovation Centre, ou BIC, est le nouveau think tank britannique entièrement consacré à l’innovation, avec pour seul motto de faire du Royaume-Uni, d’ici 2025, un centre global de l’innovation. Le BIC a été fondé par Will Hutton, ancien rédacteur en chef de The Observer, et auteur de The State We’re In, ouvrage décrivant le malaise de la société britannique dans les années 1990, du point de vue social, économique et politique. La liste des think tanks britanniques est assez conséquente. Le BIC, un think tank parmi tant d’autres ? Une chose est sûre, il se distingue de la plupart de ses homologues de trois façons : l’alliance inhabituelle de ses membres fondateurs, sa situation financière, et la symbiose entre organisations publiques et privées, permettant la comparaison de données qui bien souvent ne sont pas accessibles en un seul et même lieu.

L’origine

Tel que mentionné précédemment, le BIC est issu d’un partenariat entre l’Université de Lancaster et la Work Foundation. Cette dernière, établie en 2002, a remplacé The Industrial Society, en place depuis 1918 et qui avait pour objectif d’améliorer les performances économiques et la qualité de la vie professionnelle au Royaume-Uni. Le business model de la Work Foundation est fondé sur la recherche, le plaidoyer et la consultance. Elle n’offre plus de formation pratique tel que le faisait l’Industrial Society, mais des solutions personnalisées pour chaque client.

La prolifération des think tanks au cours des dernières décennies a graduellement contribué à diminuer l’influence des universités sur les politiques gouvernementales. C’est pourquoi en octobre 2010, l’Université de Lancaster a pris la décision de racheter la Work Foundation, tout en permettant à celle-ci de continuer à opérer en tant qu’entité indépendante et à conserver ses quartiers généraux à Westminster, dans lesquels sera hébergé le BIC.

La situation financière

Des projets de recherche excitants et un carnet d’adresses bien rempli sont deux conditions nécessaires au succès d’un think tank. La condition sinequanone cependant est la sécurité financière. A l’inverse de nombre de think tanks qui n’ont pas de financement de base, le BIC est financé à 20% par un consortium comprenant le Technology Strategy Board et des universités des réseaux Alliance et Russell Group, tandis que les 80% restants proviennent d’un consortium de multinationales au rang desquelles Barclays, GlaxoSmithKline, Guardian Media Group, Unilever, BAE systems, EDF energy, Experian, Man Group, PricewaterhouseCoopers ou encore Google. N’oublions pas également le soutien de Jon Moulton, capital risqueur britannique, et de Lord Sainsbury, ancien ministre de la science et de l’innovation entre 1998 et 2006.
L’association public-privé

A l’inverse de la plupart des directeurs de think tanks, qui, en général, ne bénéficient pas d’une grande couverture médiatique, le BIC est dirigé par Birgitte Andersen, professeur d’économie très influente, et dont l’équipe se concentrera sur l’analyse de la façon dont les grandes compagnies privées absorbent les résultats de la recherche académique. Un autre projet d’étude sera de comprendre l’inertie des prêts bancaires pour des compagnies à forte croissance. Pour arriver à des résultats, ces deux types de projets nécessitent la collaboration de compagnies privées, qui doivent alors rendre un certain nombre de données publiques. La force du BIC est son association avec, et son financement par, des compagnies privées qui acceptent de collaborer et de servir de cas d’étude. La recherche sur la façon dont les compagnies absorbent les connaissances académiques sera par exemple dirigée par GlaxoSmithKline, qui étudiera dans un premier temps sa propre capacité d’absorption, et qui présentera les résultats dans le domaine public. De même, l’équipe du BIC travaillant sur les prêts bancaires aura accès aux données d’Experian, acteur mondial de référence dans la gestion du risque de crédit.

Voilà une initiative d’envergure, sans doute facilitée par un gouvernement de coalition au sein duquel Vince Cable, ministre libéral-démocrate des entreprises, de l’innovation et des compétences, ouvre les portes à des penseurs de gauche tel Will Hutton. La tâche des décideurs politiques sera de rendre l’écosystème de l’innovation britannique si attrayant que le pays pourra se positionner d’ici 15 ans en tant que centre global de l’innovation, offrant un environnement dans lequel le talent entrepreneurial sera nourri et encouragé, et l’innovation sera financée et concentrée dans des domaines à même de rapporter les plus grands bénéfices en termes de création d’emplois et de croissance économique.

Tel que l’exprime Will Hutton dans sa vision du BIC "Nous avons pour intention de changer la Grande Bretagne - d’apporter un changement radical dans sa capacité à innover et à générer des richesses. Rien de plus, rien de moins".


Sources :
- "Move over Nesta : there’s a new kid in town", Research Fortnight, 21/09/2011
- The Big Innovation Centre, http://www.biginnovationcentre.com/
- The Work Foundation website, http://www.theworkfoundation.com/
- "Britain must think bigger", The Guardian, 8/09/2011


Auteur : Dr Maggy Heinz

publié le 21/11/2011

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