> Tony Blair soutient le renouvellement du parc nucléaire britannique - mai 2006

Lors du dîner annuel de la Confederation of British Industry (CBI, équivalent britannique du MEDEF), le 16 mai 2006, Tony Blair a annoncé que « le renouvellement du parc nucléaire britannique est de retour à l’ordre du jour ». Il a aussi mentionné un « soutien important » pour les énergies renouvelables et un « changement de méthode » pour les économies d’énergie. M. Blair a révélé qu’il avait lu, le 15 mai, une première ébauche du rapport de la révision de la politique énergétique (Energy Review) qui devrait être publié fin juillet 2006.

Les deux raisons invoquées par le Premier ministre pour le support de l’énergie nucléaire sont la lutte contre le changement climatique et la sécurité de l’approvisionnement énergétique. « En 2025, si la politique actuelle reste inchangée, il y aura un écart dramatique sur nos objectifs de réduction des émissions de CO2 car nous allons devenir très dépendants du gaz naturel. Par ailleurs, nous allons passer d’un statut d’autosuffisance en gaz de 80-90 % à celui d’importateur à 80-90 % ». En 2025, les centrales nucléaires britanniques seront toutes fermées sauf une. Elles représentent pour le moment environ 20 % de l’électricité britannique. Par ailleurs, des centrales électriques au charbon devront aussi fermer leurs portes pour cause de vieillissement. L’ensemble des centrales qui ne fonctionneront plus en 2025 (nucléaire et charbon) représente environ 1/3 de la capacité électrique britannique actuelle.

La lutte contre le changement climatique amène à restreindre la consommation de combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel), responsables de l’émission de gaz à effet de serre. Néanmoins parmi les solutions de remplacement, Tony Blair ne pense pas que les énergies renouvelables seront suffisantes. D’après lui, il demeure des problèmes techniques à résoudre et, selon le conseiller scientifique du Premier ministre, Sir David King, l’objectif du gouvernement de produire 20 % de l’électricité britannique en 2020 par des sources d’énergies renouvelables ne permettrait que de remplacer l’énergie produites par les centrales nucléaires, déjà non productrices de gaz à effet de serre. L’approche serait donc de privilégier un « mix énergétique » où les énergies nucléaire et renouvelables ont toutes les deux un rôle important et complémentaire à jouer.

Au niveau politique, l’annonce de Tony Blair a provoqué une agitation jusque dans son propre camp. Outre le fait d’anticiper le rapport sur la politique énergétique, ces conclusions sont présentées avant la décision finale du Committee on Radioactive Waste Management (CoRWM) sur la gestion des déchets nucléaires existants et avant la publication du rapport du HM Treasury (ministère des Finances) sur les coûts économiques du changement climatique (Stern Review on the Economics of Climate Change). Différents acteurs politiques estiment avoir été floués par le Premier ministre qui aurait, selon eux, lancé la révision de politique énergétique uniquement pour habiller sa décision, déjà prise dès 2005. « Si nous ne prenons pas ces décisions à long terme maintenant, je pense que nous manquerions à notre devoir pour l’avenir de ce pays », affirme Tony Blair.

Au niveau industriel, le groupe français Areva a réagi à l’annonce dès le 16 mai au soir en affirmant qu’une centrale utilisant son réacteur EPR pourrait être opérationnelle en 2017 si le planning est rationalisé et si une décision finale est prise sur le stockage à long terme des déchets. Il faut cependant préciser qu’en 2017 seulement trois centrales nucléaires actuelles sur douze seront encore opérationnelles, ce qui pose la question de l’extension de la durée de vie des centrales de deuxième génération AGR (voir le spécial du mois de février 2006 : «  L’énergie nucléaire au Royaume-Uni »).

Le public est partagé sur la question de la construction de nouvelles centrales : selon un sondage du Guardian/ICM, réalisé à la fin 2005, 45 % des britannique seraient favorables et 48 % seraient opposés. Un autre sondage du Mori et du Tyndall Centre for Climate Change Research, effectué sur 1 491 personnes en 2006, annonce que 60 % de la population soutient la construction de nouvelles centrales si les énergies renouvelables sont développées et utilisées en même temps. De plus, 63 % des personnes interrogées pensent que l’énergie nucléaire doit faire partie du mix pour assurer un approvisionnement énergétique fiable. Cependant 74 % affirment que le nucléaire ne doit être considéré comme une solution de la lutte contre le changement climatique que si toutes les autres options auront été explorées.

Pour plus d’informations sur la situation de l’énergie nucléaire au Royaume-Uni, vous pouvez consulter notre dossier du mois de février 2006 : « L’énergie nucléaire au Royaume-Uni »

Auteur : Mathieu Daoudi


Sources : Actualités britanniques du 17/05/06 (Financial Times, The Times, The Guardian, The Independent, BBC, Reuters)

publié le 17/07/2006

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