Transparence et libre accès des publications universitaires

Le British Science Festival, institution britannique dont la première réunion annuelle a eu lieu le 26 septembre 1831 et qui est accueillie dans une ville différente du Royaume-Uni chaque année, s’est tenu du 10 au 15 septembre 2011 à Bradford, ville de 300.000 habitants située dans le West Yorkshire. Avec plus de 250 événements et activités, le festival est une des plus importantes célébrations européennes de la science, de l’ingénierie et de la technologie. Il attire chaque année les meilleurs scientifiques du pays, et des progrès majeurs y sont souvent annoncés.

Un des points forts du festival 2011 aura été l’allocution de David Willetts, secrétaire d’Etat aux Universités et à la Science, annonçant la création d’un groupe de travail indépendant dont l’objectif est d’étudier la façon dont les résultats de la recherche britannique, financée par des entités britanniques, peuvent être rendus accessibles au plus grand nombre : chercheurs, décideurs politiques mais également le grand public. Cette décision intervient quatre mois après le lancement par la Royal Society, le 13 mai 2011, d’une étude intitulée "Science as a public enterprise : opening up scientific information" (la science en tant qu’opération publique : dissémination des informations scientifiques. Voir "Science et Technologie au Royaume-Uni", n°56, mai-juin 2011).

Transparence et open access sont plus que jamais à l’ordre du jour dans les milieux de la recherche scientifique. Une étude sur le sujet, appliquée certes, au domaine spécifique de la recherche sur le cancer, a été publiée le 12 septembre 2011 dans le journal ecancer. L’association européenne de recherche sur le cancer (EACR, European Association for Cancer Research), dans le cadre du programme FP7 Eurocancercoms project, a effectué en mars 2010 une enquête sur les activités de communication professionnelle de ses membres, avec une attention particulière sur l’utilisation d’internet et les barrières à la communication. Plus de la moitié des personnes interrogées étaient des chercheurs travaillant en recherche fondamentale, un tiers effectuait de la recherche translationelle et le reste était impliqué dans des activités épidémiologiques ou d’oncologie médicale. L’objectif de cette enquête était d’identifier leurs expériences et attitudes face aux problématiques entourant la publication scientifique et l’utilisation d’internet dans le cadre des activités professionnelles. Bien que l’enquête n’ait pas été focalisée sur la question d’open access, des commentaires et discussions récurrentes ont mis en avant la problématique de l’abonnement aux journaux scientifiques, et une deuxième enquête, ciblée cette fois "open access" a été conduite en mars 2011. Cette dernière, ainsi que celle réalisée sur le même sujet mais à une échelle beaucoup plus importante, toutes disciplines universitaires confondues, par la Study of Open Access Publishing (SOAP, Etude de la publication en libre accès), mettent en exergue une attitude très positive des scientifiques par rapport à l’open access. L’enquête de l’EACR va même plus loin, affirmant que 88% des personnes interrogées sont de l’avis que la recherche financée sur des fonds publics devrait être accessible à tous, sans barrière.

La transparence est également au coeur de l’agenda du gouvernement britannique. David Willetts est de l’avis que la recherche britannique est de très grande qualité, et que le pays a raison d’en être fier. Mais il souhaite également que la population ait l’opportunité de s’informer davantage quant aux projets de recherche financés par le gouvernement et leurs résultats.

Le groupe de travail annoncé par David Willetts le 15 septembre sera dirigé par Dame Janet Finch, professeur de sociologie à l’Université de Manchester et co-président indépendant du Council for Science and Technology. Il sera financé par le BIS (Business, Innovation and Skills, ministère des entreprises, de l’innovation et des compétences), le HEFCE (Higher Education Funding Council for England, conseil de financement de l’enseignement supérieur en Angleterre), l’association des éditeurs et les conseils de recherche britanniques. Le travail sera focalisé sur les publications universitaires, en particulier dans les journaux scientifiques, les actes de conférences et les monographies. Le groupe de travail se réunira pour la première fois à la mi-octobre, avec pour objectif de formuler ses premières recommandations au gouvernement, aux financeurs de la recherche, mais également aux maisons d’édition et tierces parties, au printemps 2012. Les résultats de l’étude de la Royal Society devraient, quant à eux, être publiés au courant de l’été 2012.


Sources :
- New working group to examine research transparency, 15/09/2011, http://www.bis.gov.uk/
- An open access future ? Report from the eurocancercoms project, ecancer 2011, 5:223, http://bit.ly/oP9qZZ


Auteur : Maggy Heintz

publié le 21/11/2011

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