Un accord sur le Brexit est dans l’intérêt commun - Ministre

Politique étrangère - Brexit - Commission européenne - OMC - États-Unis - Chine - Allemagne - Entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes, avec « CNews » - Extraits

(Paris, 3 octobre 2019)

Q - La guerre commerciale entre Bruxelles et Washington, le Brexit, Amélie de Montchalin, secrétaire d’État aux affaires européennes, a choisi CNews pour parler ce matin à Jean-Pierre Elkabbach. C’est tout de suite.

Q - Est-ce que c’est vrai que quand l’Europe est malmenée, elle a des effets directs, sur nous, sur l’emploi, la croissance et notre stabilité ? Amélie de Montchalin, merci d’être venue.

R - Bonjour.

Q - Merci d’être avec nous et d’abord bonjour. Boris Johnson prévient les Européens dans son langage imagé et cru : c’est à prendre ou à laisser. La France, elle prend ou elle laisse ?

R - La France dit d’abord que ce n’est pas un jeu, qu’on n’est pas là pour être au casino, on n’est pas en train de faire du bluff. Il y a des gens, des entrepreneurs, des entreprises, des agriculteurs, des pêcheurs, des familles à qui on doit, calme et responsabilité. La fébrilité qui anime les uns et les autres, cela donnerait l’impression qu’au fond Boris Johnson pourrait nous dire ce qu’il veut en deux heures, alors que cela fait deux ans que cela dure et qu’on a du mal à nous organiser.

Q - Apparemment il ne sait pas, il ne s’en souvient pas. Ou il n’a pas intérêt à s’en souvenir.

R - Boris Johnson il a un problème, c’est qu’il faut qu’il négocie, bien sûr, avec l’Union européenne mais c’est surtout qu’il n’a plus de majorité au Parlement. C’est que le paysage politique britannique est totalement divisé. Et donc, il est en train de faire une bataille autant dans son Parlement, dans sa vie intérieure politique, qu’avec nous, les Européens.

Q - C’est-à-dire qu’il y a trois pays.

R - Aujourd’hui, le Royaume-Uni, c’est trois pays. Il y a ceux qui veulent sortir coûte que coûte et qui disent « l’Union européenne, on ne les voit plus jamais ». Ça, c’est les Brexiters durs. Il y a ceux qui disent « l’Europe, c’est formidable. Il faut qu’on soit dedans parce que c’est notre avenir ». Ça, c’est les Remain et la jeunesse. Et puis on a les socialistes au milieu qui ne savent pas trop, qui pensent qu’au fond économiquement, il faut rester avec l’Europe mais pas trop politiquement.

Q - Oui, oui. Mais auquel des trois pays l’Europe doit-elle parler ?

R - Mais nous, on parle avec les gouvernements. On croit à la souveraineté. Il y a eu un référendum, le peuple britannique s’est prononcé. C’est au peuple britannique qui a ses institutions de trouver une solution. Le problème de Boris Johnson, c’est qu’il nous dit « c’est à prendre ou à laisser », mais qu’est-ce qu’on sait de ce que pense le Parlement britannique de sa proposition ? Aujourd’hui, je ne sais pas.

Q - Il veut le réduire au silence une nouvelle fois. Il a dit qu’il siège mais qu’il veut arrêter qu’il siège.

R - Mais c’est bien pour cela, vous voyez, que nous les Européens, on va bien sûr échanger, on va bien sûr analyser. On est en train de parler d’un sujet hyper grave. Je vous dis, il y a des agriculteurs, des pêcheurs, des entreprises qui dépendent de cette décision. Mais on ne va pas lui dire d’accord tout de suite, là en deux heures, si on ne sait même pas ce que pense son Parlement.

Q - D’accord. Mais vous savez l’impression que vous donnez tous ? C’est que l’Europe a peur de M. Johnson.

R - On n’a pas peur du tout.

Q - Et qu’un continent entier est à la merci de M. Johnson et de ses caprices.

R - Ce n’est pas une question de peur. C’est une question de respect de quelques principes forts qu’on a posés. On a un principe, c’est les normes. Moi, je ne veux pas qu’arrive sur nos marchés, dans nos supermarchés du lait avec des antibiotiques, des vaches malades, que les pêcheurs soient soumis…

Q - Attention à ces accusations. Du lait avec des antibiotiques, c’est-à-dire que là-bas ils mettent des antibiotiques et on le boit ici.

R - Non. Ce que je vous dis, c’est qu’aujourd’hui on a des normes très strictes qui permettent qu’au sein de l’Union européenne, on se fasse confiance et que les entreprises aient une concurrence loyale et que les consommateurs soient protégés. Je veux que dans le futur, les mêmes choses s’appliquent, donc on a besoin de contrôle, donc on a besoin de savoir ce qui rentre et qui sort. Donc Boris Johnson fait des propositions ; il faut qu’on regarde si par exemple sur le sujet des normes, c’est respecté. Je ne veux pas non plus qu’on ait paradis fiscal aux portes de l’Europe. Pourquoi ? Parce que nos entreprises ici, on leur demande de respecter des enjeux environnementaux, sociaux, fiscaux. Il faut qu’on puisse travailler de manière loyale. Le Royaume-Uni, vous savez, ils seront toujours à cinquante kilomètres de nous. Le tunnel, il ne fera pas plus de kilomètres demain.

Q - Mais vous savez ce qu’il vous a répondu ? On va l’entendre. Il veut sortir de l’Europe, à ses propres conditions. Boris Johnson : [ Boris Johnson, Premier ministre du Royaume-Uni] : « Ce que les gens veulent, ce que les pro et anti-Brexit veulent, ce que le monde entier veut, c’est qu’on en finisse calmement avec le sujet du Brexit et qu’on avance. C’est pourquoi nous sortirons de l’Union européenne le 31 octobre quoiqu’il arrive. »

Q - Est-ce qu’il faut lui donner satisfaction ?

R - Satisfaction sur quoi ? Sur le fait qu’ils veuillent partir le 31 octobre ? C’est une décision souveraine du peuple britannique. C’est à eux de décider. On a un accord sur la table qui permet de le faire de manière ordonnée. On préférerait que ce soit fait de manière ordonnée.

Q - D’accord.

R - S’ils veulent le faire autrement, on s’est préparé. On a fait des investissements majeurs dans les ports, on a fait des investissements majeurs dans les contrôles qu’on veut pouvoir faire et donc on s’est préparé. Est-ce que je le souhaite ? Bien sûr que non. Est-ce que de manière responsable on doit être prêt ? Bien sûr que oui.

Q - Vous parlez beaucoup avec le président de la République hier, aujourd’hui, cette nuit probablement et peut-être dans la journée. Est-ce qu’il dit qu’il faut que l’Europe ouvre encore des chantiers, parce qu’on est à vingt-huit jours du 31 octobre, et qu’on recommence à donner des délais, que l’on traîne ? Ou on va vers le 31 définitif avec ou sans deal, avec ou sans l’accord ?

R - Ce que dit le président, c’est qu’il ne faut pas qu’on cède ni à la panique et qu’on ne soit pas fébrile. On a posé des principes…

Q - Attendez. Mais la panique, on cède à Boris Johnson, non ?

R - Non.

Q - On ne cède pas à la panique, mais on cède à Johnson ?

R - Non. On a des principes, on est ferme. On a dit « on veut que les normes soient respectées. On veut que la paix en Irlande soit respectée. On veut que nous ayons une relation loyale dans le futur. » On ne peut pas avoir, je vous dis, un paradis fiscal à nos portes. Donc une fois qu’on a posé ces principes, on travaille, on échange. Soit on arrive à se mettre d’accord sur des choses qui sont des ajustements : très bien, tant mieux. Soit ce n’est pas possible et donc on s’est préparé. Je rappelle que c’est un choix britannique.

Q - Donc, c’est une affaire britannique.

R - Mais bien sûr.

Q - Et il y a des conséquences graves sur toute l’Europe.

R - Mais vous imaginez si…

Q - Chacun va souffrir mais le Royaume-Uni, d’après Boris Johnson, peut très bien vivre sans nous, sans le continent.

R - C’est là qu’il faut dire la vérité, i faut que Boris Johnson dise la vérité aux Britanniques.

Q - C’est-à-dire ?

R - Évidemment que le Royaume-Uni continuera d’avoir des liens avec l’Europe. Le Royaume-Uni ne va pas se retrouver au milieu de l’Atlantique comme une île perdue.

Q - Il a le soutien de Donald Trump.

R - Mais d’accord.

Q - Il est fort de ce soutien-là.

R - Enfin, les cinq millions de camions qui vont de Calais à Douvres tous les ans pour apporter des produits au Royaume-Uni, je ne vois pas comment ils vont passer par le tunnel ou par le bateau depuis les États-Unis. On a des relations très fortes, on a des relations culturelles. Il y a trois cent mille Français à Londres, il y a cent cinquante mille Britanniques en France. Donc les principes qu’on a avec le président, c’est de dire « on a des choses qu’on dit depuis deux ans et demi, sur lesquelles on ne cèdera pas. On est prêt à s’ajuster, on est prêt à dialoguer. » C’est Michel Barnier qui porte la voix des vingt-sept pays de l’Union sur le sujet, mais moi, ce qui compte c’est qu’on dise la vérité. C’est un choix britannique. Une ministre française ne peut pas venir aujourd’hui vous dire « voilà ce que je pense, voilà ce que je veux », parce que sinon cela s’appelle de l’ingérence et cela veut dire qu’il n’y a plus de démocratie en Europe.

Q - Et quelle est la tendance ? Vous avez parlé avec les Européens, je pense, cette nuit. Quelle est la tendance ? On est un peu critique, sceptique ou on va encore accorder un délai et des fleurs à M. Johnson ?

R - On veut tous un accord parce qu’on sait que c’est dans l’intérêt commun qu’il y ait un accord. On a tous des principes et on ne va pas renier aujourd’hui ce qu’on a fait depuis deux ans et demi de travail. Et donc on se dit tous : soit on arrive à s’ajuster parce qu’on réussit à, au fond, trouver un nouveau compromis ; soit si ce n’est pas le cas, on ira au no deal et on se prépare et c’est pour cela que cela fait deux ans et demi qu’on se prépare.

Q - Mais pour tous les Français et les Européens qui pensent que l’on craint les chantages et les menaces de M. Johnson, qu’est-ce que vous dites ?

R - Je dis que ce n’est pas comme cela qu’on agit. On travaille pour eux, pour les Européens, pour les entreprises. On s’est préparé. Il y a sept cents douaniers qui sont prêts dans les ports. Il y a des nouveaux contrôles à Boulogne, on travaille avec les pêcheurs. Bien sûr qu’on aimerait bien que cette situation arrête de perdurer. Ça crée de l’incertitude, cela crée beaucoup de bruit, mais ce n’est pas une question de peur, c’est une question de responsabilité. Il y a des gens, il y a des vies et des familles et c’est pour eux qu’on travaille.

Q - Vous avez vu, la Bourse hier a chuté.

R - Bien sûr que…

Q - Les entreprises sont inquiètes même si elles sont préparées etc. Elles pensent qu’elles vont perdre encore avec les contrôles douaniers, les taxes, des milliards et des milliards de dollars ou d’euros ;

R - Mais cela s’appelle la démocratie.

Q - Oui.

R - Parfois les référendums amènent à des choix difficiles. Mais mon rôle, le rôle des politiques à Bruxelles, ce n’est pas de décider pour les Britanniques. C’est leur choix à eux.

(…)

Q - Bruxelles. Hier, il s’est produit un moment assez drôle… Enfin, drôle… Politiquement significatif. François-Xavier Bellamy, Geoffroy Didier, c’est-à-dire la droite française LR, sont partis en guerre contre Sylvie Goulard auditionnée par les députés européens. Ils veulent l’empêcher de devenir commissaire, ou en tout cas l’affaiblir. Hier, j’ai suivi les moments de ce direct : ils l’ont massacrée.

R - Moi ce qui m’a choquée, c’est qu’on a deux députés de la droite républicaine LR, François-Xavier Bellamy et Geoffroy Didier, qui ont eu les mêmes mots que les députés Front national, Rassemblement national, qui posaient des questions à Sylvie Goulard. Cela veut dire que la dérive qu’on voit en France de ce rapprochement entre l’extrême droite, c’est deux tiers des militants maintenant LR qui nous disent qu’ils se rapprochent, qu’ils sont près à des accords avec le FN. Cette dérive-là, elle arrive au Parlement européen. Alors qu’ils aient envie de se venger de leurs 8 % aux européennes…

Q - Cela ressemblait à un règlement de comptes, c’est ça ?

R - J’ai l’impression, en tout cas c’est l’impression que cela donne. Parce qu’on ne va pas parler, ni du marché intérieur, ni de la défense européenne. Sylvie Goulard porte la défense européenne. C’est un projet que la France porte, par notamment la droite républicaine, depuis des décennies. Elle en est aujourd’hui responsable, personne ne lui pose des questions là-dessus.

Q - Alors on trouve que son portefeuille est immense, mais...

R - C’est une chance pour la France de pouvoir s’occuper d’une chose aussi importante.

Q - C’est ça. Écoutez François-Xavier Bellamy, hier, dans le style et la manière directe de parler à Sylvie Goulard. Il en avait d’ailleurs le droit, mais écoutez-le. [François-Xavier Bellamy, Député LR Au Parlement européen] : « Nous ne sommes pas ici pour juger bien sûr, mais avec mes collègues du PPE nous voulons simplement vous rappeler vos propres mots. Comment comprendre que ce qui vous a écarté du gouvernement en France, ne vous empêche pas d’exercer avec la sérénité et l’indépendance requise des fonctions de commissaire ? Est-ce prendre au sérieux ce mandat stratégique, et nos partenaires européens, que de ne pas appliquer les mêmes règles ici que dans la politique nationale ? »

Est-ce que cela veut dire qu’à travers Sylvie Goulard, c’est encore une vengeance contre Emmanuel Macron qui l’a nommée ?

R - Aujourd’hui, ses arguments je les réfute dans la forme. Il y a une commission Parlement qui regarde les conflits d’intérêts. Cette commission a considéré que Sylvie Goulard pouvait passer l’étape suivante. Cette audition devait permettre de parler de ce qui fait le coeur battant de l’Europe qui est le marché intérieur, qui est ce que Jacques Delors a créé pour l’Europe. La droite républicaine dit avoir des grandes intentions européennes, je n’ai pas entendu quel était le sujet évoqué par François-Xavier Bellamy. Ce que j’entends en revanche, c’est que j’aimerais savoir si les leaders politiques nationaux des Républicains, aujourd’hui, cautionnent l’idée que quand on a en face de soi une commissaire française, la question qu’on doit lui poser, c’est de remuer des affaires dont elle a déjà expliqué le contenu, et qui ont déjà été traitées par une autre commission Parlement. J’aimerais aussi que l’on comprenne qu’est-ce que les Républicains aujourd’hui ont à dire, alors q u’on pleurait encore il y a deux jours Jacques Chirac, sur le fait qu’il ait cette porosité si grande entre leurs idées, leur style, leurs attaques, leurs approches, alors qu’on a dit l’Extrême-droite et Les Républicains de l’autre.

Q - C’est-à-dire que vous êtes en train de nous dire qu’à Bruxelles, la droite et certains éléments de la droite LR, qui vont d’ailleurs manifester contre la PMA dimanche, que ces éléments-là, peut-être sans l’accord ou l’assentiment des dirigeants multiples de LR, accélèrent la dérive vers le Front national ou le Rassemblement national ?

R - C’est un peu ce que je dis, et je dis surtout que quand Sylvie Goulard est chargée de la politique industrielle, de la politique de défense, de comment on a de la souveraineté numérique, je crois que quand j’écoute les débats ici en France, ce sont des choses que les Républicains demandent et qu’ils l’ont face à elle et qui ne lui posent aucune question de fond, je me demande quand même d’où vient cette dérive et qu’est-ce qu’elle traduit.

Q - Et en même temps il y a des règlements de compte entre ce parti, qui est le PPE, qui a eu pendant des années les postes à haute responsabilité, il y a deux responsables qui ont été écartés, Manfred Weber, l’Allemagne, de la présidence, et deuxièmement un Hongrois Trocsanyi, qui a été écarté. Est-ce que Sylvie Goulard risque d’être éliminée comme commissaire ? Est-ce qu’il y a ce risque ?

R - Le Parlement va décider aujourd’hui, je crois qu’ils peuvent vous pose des questions, il y a une deuxième audition, ils peuvent faire beaucoup de choses. Ce que je vois moi, c’est que ce Parlement européen était habitué à cogérer les choses entre les socialistes et la droite. Il fermait les portes, il se mettait en accord et cela marchait.

Q - Ça ne marche plus.

R - Aujourd’hui, de manière démocratique, vous avez un bloc, un groupe vert, qui est très important, qui porte une ambition climatique forte. Vous avez ce groupe Renaissance que nous incarnons, qui a une vraie ambition pour l’Europe et qui cherche à mettre sur l’agenda européen de nouveaux sujets, et donc les deux autres ils sont un peu déboussolés, ils ne comprennent plus comment cela marche. Mais je dirais, ce n’est pas à nous de faire les frais du fait qu’ils n’ont pas gagné les élections comme ils le voulaient. On porte en Europe une voix légitime, on a le droit de mettre en avant des sujets, et Sylvie Goulard qui porte pour la France un projet essentiel de rapprochement...

Q - Ça on a compris, vous la soutenez. Est-ce que vous l’avez eue depuis ?

R - Bien sûr qu’on se parle.

Q - Qu’est-ce qu’elle dit ? Est-ce qu’elle a souffert de la manière dont elle a été traitée par les Français ?

R - Elle dit qu’elle aurait aimé pouvoir incarner, expliquer les projets qu’elle a pour l’Europe. C’est un projet essentiel. Comment on crée des emplois demain, comment on crée la prospérité demain. Je crois que tous les tous les Français, tous les Européens, cela les intéresse.

Q - Mais, est-ce qu’elle risque d’être sortie de son poste où elle est désignée Commissaire européen ?

R - Dans ma position, je ne peux pas vous dire ce que va faire le Parlement, d’ailleurs je ne sais pas si le Parlement lui-même sait ce qu’il va faire. Il y a un processus...

Q - Et puis après une élection.

R - Et ensuite il y a une élection, il y a un vote, donc les choses se font dans le temps long, on a une quinzaine de jours devant nous, et il y a d’autres...

Q - Et c’est la droite française qui l’attaque en premier lieu. Parce que le représentant de la France Insoumise...

R - Emmanuel Bompard.

Q - Bompard, a été ...

R - Très digne, a posé des questions pour...

Q - ... les Italiens socialistes etc. ont posé des questions, elle a répondu en italien, elle a répondu en anglais...

R - Et en allemand.

Q - Et en allemand, dans toutes les langues qu’elle connaît, et elle maîtrise peut-être des dossiers, mais il y a ce passé qu’on lui reproche. Les États-Unis, cette nuit des États-Unis ont imposé pour 7,5 milliards de dollars de taxes sur des produits européens importés. J’ai vu les vins, les fromages, les olives les avions ; autorisés par l’OMC en raison des subventions qui avaient été accordées à AIRBUS. C’est un mauvais coup pour l’économie européenne ?

R - Bruno Le Maire l’a dit hier, c’est une erreur politique majeure des Américains. Vous savez, dans ces processus de guerre commerciale, à la fin cela peut être la guerre, donc c’est pour cela que nous ce qu’on appelle c’est la désescalade et Bruno Le Maire l’a très bien dit. Les Américains nous disent : voilà ce qu’on va faire le 18 octobre, on aimerait pouvoir négocier, je pense que la position européenne ce sera bien sûr de discuter. Maintenant, on ne sera pas naïfs...

Q - Les Américains ont dit à l’OMC le 18 octobre, c’est-à-dire dans 15 jours, est-ce que cela s’applique ou est-ce qu’il y a encore un temps de négociations pour éviter que cela s’applique ?

R - Moi je crois à la désescalade, je crois au courage politique, je crois surtout que l’on ne va pas se lancer dans une guerre commerciale comme cela, sans réagir, et que surtout on soit bien conscient, c’est aussi au détriment des Américains que c’est en train de se faire. Pourquoi ? Si on taxe AIRBUS, qu’est-ce qui va en profiter ?

Q - Mais enfin, les intérêts américains, ce n’est pas la peine de les défendre, Donald Trump qui est assez grand pour cela, avec ses tweets, il a encore dit : c’est une grande victoire des États-Unis, cette nuit.

R - Très bien, c’est surtout la victoire de la Chine. Parce que taxer AIRBUS, à la fin cela profite à qui ? Aux avions chinois. Je ne suis pas sûr que ce soit ce que veuille faire vraiment Donald Trump.

Q - Mais alors à quand des représailles en réciprocité de la part de l’Europe ? Parce que vous pouvez aussi taxer les produits américains.

R - La Commission européenne a toujours dit que si cette erreur politique majeure était faite, elle ne serait pas naïve et qu’on pouvait réagir.

Q - Donc il y aurait des réactions européennes.

R - Maintenant, je crois personnellement qu’il est essentiel, comme l’a dit Bruno Le Maire hier, que nous puissions chercher la désescalade et que nous puissions ne pas être dans la surenchère réciproque.

Q - Et pendant ce temps vous avez remarqué que l’Europe n’apporte pas de solutions concrètes aux questions que se posent les citoyens sur la sécurité, l’immigration, les nouvelles technologies etc., et que la croissance...

R - On y travaille, c’est bien l’agenda qu’on a fixé...

Q - Et pendant ce temps, regardez les quelques images qui viennent de Chine à l’occasion des 70 ans de la Chine de Mao, la montée de la puissance chinoise à travers la défense et l’armée.

R - C’est bien pour cela et président de la République nous dit qu’au fond un projet de souveraineté européenne, il faut qu’on assume notre puissance, on est, on voit bien, on vient d’en parler, entre les États-Unis et la Chine, qui n’ont qu’une envie c’est qu’on ait, à la fin, l’obligation de choisir entre l’un ou l’autre. Pourquoi l’Europe ne peut pas assumer sa puissance ? On est un grand continent. On est 500 millions de consommateurs, on a des pays qui ont une présence militaire, on a une technologie tout à fait de point puisque...

Q - Parlez plus aux citoyens, associez-les.

R - Et donc pour les citoyens, ce qu’on veut faire pour eux, c’est comment on crée des emplois, comment on vous protège, comment effectivement on protège nos frontières, c’est tout l’agenda qu’on a avec Ursula von der Leyen, c’est tout le travail d’ailleurs qui est le mien au quotidien avec tous les ministres français, c’est qu’on crée cette souveraineté pour les citoyens.

Q - Vous parlez de Ursula von der Leyen, nouvelle présidente de la Commission, elle a créé un poste de commissaire chargé de protéger notre mode de vie européen, et on entend dire, comme critique, elle trouve là des relents xénophobes et une rhétorique dangereuse et populiste. Est-ce qu’il faut qu’elle change l’intitulé du commissaire ?

R - Ce que je sais, c’est qu’avec le président de la République, mardi à Strasbourg, pour fêter le Conseil de l’Europe, et on a parlé de quoi ? De nos valeurs européennes, des droits de l’Homme, de nos droits sociaux, de tout ce qui fait... Je pense qu’une partie de notre mode de vie européen...

Q - Donc on ne change pas ?

R - Moi ce que j’entends dans notre voix européenne, c’est aussi comme a créé des droits pour les citoyens, c’est qu’on les protège, c’est qu’on a créé une économie sociale de marché, c’est qu’on a créé au fond une protection.

Q - Donc elle a raison de dire « mode de vie européen ».

R - Donc il faut qu’elle explique, qu’elle l’explique bien, que ce n’est pas une question de se fermer au monde, mais je sais bien pour protéger, ce qui fait notre identité, mais surtout ce qui fait que les citoyens européens, on a créé autour d’eux des droits, des protections, et ça je pense que c’est un atout, et ils doivent d’ailleurs, ces atouts et ces protections, être accessibles à tous, quel que soit leur lieu de naissance et leur origine.

Q - Ce que dit l’Europe aujourd’hui, aujourd’hui l’Allemagne a 29 ans, l’Allemagne réunifiée fête aujourd’hui...

R - Aujourd’hui le 3 octobre, effectivement...

Q - Devant le Reichstag, les événements qui se sont produits il y a 29 ans, c’était...

R - La réunification.

Q - La réunification de l’Allemagne après tant d’années de division. L’Assemblée nationale va voter aussi le traité...

R - Là, dans quelques heures, je vais y aller juste après cet entretien.

Q - Ce matin ?

R - Ce matin.

Q - Le traité d’Aix-la-Chapelle...

R - On espère qu’elle ratifie.

Q - Ratifie, Macron, Merkel, dans la continuité de ce qu’avait fait du général de Gaulle avec Konrad Adenauer. Et cela va avec les Allemands, il va y avoir un Conseil des ministres, je crois que c’est le 16 octobre, mixte à Toulouse. Mais vous aller encore baratiner, mais avec des mesures concrètes pour les citoyens ?

R - Non. Il y a eu un moment, c’est la réconciliation, la réconciliation c’était aussi très symbolique, aujourd’hui on est dans la convergence, qu’est-ce que pour les citoyens français, pour les citoyens allemands, concrètement on fait pour eux, dans les régions transfrontalières mais partout, comment on innove ensemble, comment on crée de l’industrie ensemble et comment on crée des emplois ensemble. Je pense que les Français et les Allemands...

Q - Du concret, du concret, du concret !

R - ... attendent de nous des résultats.

Q - Avec l’assentiment et l’association des citoyens. Merci d’être venue, vous portez la passion de l’Europe et c’est intéressant, parce que cela nous concerne directement...

R - Tous les jours.

Q - ... on l’a vu pour la croissance, les emplois, la stabilité./.

publié le 15/10/2019

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