Un premier bilan positif des Jeux "durables"

La cérémonie de clôture des Jeux Olympiques 2012 a marqué l’aboutissement de sept années de préparations intensives de la part du London Olympic Games Organizing Comitee (Locog, Comité d’organisation des Jeux Olympiques de Londres), et le début du bilan de cet événement international.

Un des principaux enjeux des Jeux d’été de Londres a été, dès la présentation du dossier, la mise en place de Jeux "durables". Depuis la construction du Parc Olympique, situé sur une ancienne zone industrielle délaissée, jusqu’à la rénovation des égouts y intégrant un système de retraitement des eaux [1], en passant par la vente de nourriture issue de l’agriculture durable et la mise en place de poubelles de recyclage et de compostage, tout a été pensé pour tenter de respecter un "héritage durable".

Shaun McCarthy, Président de la Commission for a Sustainable London 2012, (CFSL, Commission chargée d’évaluer les mesures environnementales prises par le Locog) a salué le succès global de ces Jeux, tant en termes de respect de ses ambitions durables qu’en termes d’organisation, en commençant par l’efficacité du système de transports (point souvent critiqué lors des précédents Jeux, notamment pour des raisons de pollution). Il a ainsi souligné dans un article sur le site de la Commission que "le premier système de transports publics jamais installé pour des Jeux Olympiques a été mis en place efficacement par Transport for London et le Locog, en dépit des prévisions d’échecs et de surcharge qu’ils ont pu susciter".

L’utilisation inédite d’un chaudron Olympique économe en termes d’émissions de carbone a été qualifiée de "succès spectaculaire" par M. McCarthy (voir encadré), suivi de près par la vente de nourriture issue de l’agriculture biologique (abstraction faite de l’un des partenaires majeurs des Jeux : McDonalds) et du système de recyclage mis en place par le biais de poubelles de couleurs différentes pour le compost, les emballages et les déchets non-recyclables. La présence de nombreux espaces verts a été fortement appréciée, et les multiples accès pour personnes handicapées ont permis de soutenir la devise des "Jeux pour tous" prônée depuis le début par le Locog. L’efficacité des volontaires ainsi que leur enthousiasme a également été salué par tous.

La réhabilitation de l’est de Londres, lieu où a été érigé le Parc Olympique, était également un des enjeux majeurs de ces Olympiades. McCarthy se dit "ravi d’avoir pu observer un regain de popularité" pour ce quartier jusqu’alors délaissé, "avec un flux constant de visiteurs venus profiter des Jeux, du village et de ses environs". Ce succès s’est fait au détriment de l’ouest de la ville qui a accusé une baisse significative de fréquentation (jusqu’à 5% de visiteurs en moins dans les quartiers des théâtres et dans les restaurants) pendant la période des Jeux. Prévoyant que le faible intérêt pour les quartiers ouest de la ville ne serait que temporaire, McCarthy a ajouté que "ce qui est important, c’est que l’on aperçoit des signes encourageants pour un héritage durable pour l’Est de Londres".

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Le chaudron Olympique

Lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres, le 27 juillet, fut révélé le design du chaudron Olympique (un des secrets les mieux gardés de ces Jeux). Créé par Thomas Heatherwick, il est composé de 204 tubes d’acier complétés par autant de pétales de cuivre différents comportant chacun une gravure indiquant le nom d’un des pays participants. Pesant 16 tonnes (contre 300 tonnes pour le chaudron de Pékin en 2008), il a été conçu pour limiter les impacts environnementaux critiqués par le passé : ainsi, chaque pétale contient un brûleur individuel, afin d’éviter l’utilisation d’un brûleur central, permettant de réduire de 75% l’utilisation de gaz. Il était par ailleurs envisagé d’utiliser du biogaz pour la combustion, mais le Locog a opté pour du gaz naturel pour des raisons de coûts trop élevés. Par ailleurs, chaque pétale a été restitué à la fin des Jeux aux pays participants en guise "d’ultime souvenir", permettant entre autres de limiter les déchets.

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Le Chaudron Olympique

Crédits : Sum_of-Marc

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Mentionnant la préparation des Jeux de 2012, le Président de la CFSL a appuyé l’importance de se tourner vers les éditions précédentes afin d’en tirer inspiration et enseignements. En termes de respect de l’environnement, il a expliqué que le bilan des "Jeux Verts de Sydney" serait difficile à égaler voire à surpasser, saluant "leur travail en termes de dépollution, d’efficacité énergétique, d’utilisation d’énergie solaire, et surtout de gestion des ressources en eau". Beaucoup d’efforts avaient par ailleurs été mis en oeuvre pour construire un stade olympique polyvalent afin qu’un maximum de sports puissent y être pratiqués, ainsi que pour la création de nouveaux habitats naturels d’espèces originaires d’Australie et actuellement en danger. McCarthy estime néanmoins que London 2012 a réussi à relever ce défi, en considérant le sens large du terme "durable" et incluant la nourriture, l’emploi et même la chaîne d’approvisionnement.

Shaun McCarthy s’est tourné encore plus loin dans le passé en évoquant les Jeux de Barcelone en 1992, rappelant que l’héritage laissé par les olympiades y est toujours présent 20 ans plus tard. L’exemple de l’utilisation du stade pour des événements comme des concerts est une parfaite démonstration de ce qui pourrait être mis en place à l’avenir par Londres, grâce notamment au développement d’un réseau de transports important autour du Parc Olympique, et McCarthy a exprimé son désir que les Jeux apportent autant à la notoriété de l’est de Londres qu’ils ont pu le faire pour Barcelone. Il a également ajouté que, pour lui, "London 2012 a toujours été un projet de régénération sur le long terme, interrompu par un événement sportif", indiquant que le London Legacy Development Corporation avait mis au point un plan ambitieux, et que l’avenir montrerait si les Jeux de Londres méritaient "une double médaille d’or".

Cependant, malgré les nombreuses louanges accordées à l’organisation des Jeux d’été de 2012, le Président de la CFSL a souligné les progrès qui restaient encore à faire à l’avenir, rappelant certains points négatifs mis en lumière au cours de l’événement. Par exemple, la mise en place trop tardive d’un plan d’économie d’énergie, empêchant une implication efficace des sites olympiques malgré des efforts conséquents de la part des équipes sur place. On peut aussi mentionner une mauvaise communication auprès des conducteurs de bus et de voitures, qui étaient nombreux à attendre aux portes des sites avec leurs moteurs en marche, ou encore l’interdiction d’apporter son repas au sein de Hyde Park et de Victoria Park, remplacés par une vente de nourriture onéreuse, allant à l’encontre de l’idéologie des "Jeux pour tous".

D’autres critiques ont également été prononcées sur les Jeux telles que la présence de places vides plus ou moins nombreuses observées lors de la quasi-intégralité des événements. Malgré le rappel par le Locog de tickets non utilisés (alloués aux entreprises ainsi qu’aux Etats participants), on pouvait encore apercevoir des sièges inoccupés à la fin des Olympiades.

Pour conclure, Shaun McCarthy a rappelé que le succès retentissant des sportifs britanniques lors de ces Jeux ne suffirait pas à susciter un changement profond au sein du pays en termes de santé et de sport. Il a insisté sur l’importance d’investissements dans les sports à l’école comme dans les communautés, ainsi que sur la mise en place d’un programme clair destiné à réduire drastiquement l’obésité au Royaume-Uni. Tout en félicitant une fois de plus le "succès massif" des Jeux durables de Londres, il a enfin rappelé que "comme pour toutes les meilleures équipes sportives, il est primordial de constamment tenter de s’améliorer", souhaitant au Comité Olympique ainsi qu’aux futures villes hôtes de "prouver qu’ils peuvent faire encore mieux".

Pour en savoir plus, contacts :

[1] http://www.ambafrance-uk.org/L-ingenierie-d-un-parc-olympique

Sources :

- http://www.bbc.co.uk/news/uk-19220847
- http://www.cslondon.org/2012/08/the-end-of-the-beginning/
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/UBrHO
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/rUT2b
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/8xaH4

Rédacteurs :

Eliette Riera

publié le 06/12/2012

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