Une ferme photovoltaïque coopérative

Une des grandes difficultés dans le développement de projets visant à soutenir les énergies renouvelables est depuis longtemps la recherche d’investisseurs. Ces initiatives souvent risquées, toujours coûteuses, et aux résultats incertains, peinent à trouver des subventions de grandes ou petites entreprises, et sont quasiment systématiquement considérées comme hors de portée par le grand public.

C’est ce sentiment d’éloignement qu’Adam Twine et ses collègues cherchent à combattre. En 2004, Adam Twine a fondé Westmill Wind Farm Co-operative Limited, le premier parc éolien du sud de l’Angleterre possédé par une communauté, permettant de donner aux acteurs locaux une opportunité de s’impliquer dans les énergies renouvelables. Après une campagne de financement ouverte au grand public et rapportant 4,6 M£, et l’obtention d’un prêt bancaire, un parc éolien comprenant cinq turbines à vent a vu le jour en 2007. Ce projet a par la suite reçu une bourse de la part de la South East England Development Agency (SEEDA, Agence de développement du sud de l’Angleterre). Le site internet de Westmill Wind Farm indique que la coopérative comprend à ce jour 2 374 membres.

Fort de ce succès, Adam Twine a voulu poursuivre son initiative avec le lancement en juin dernier d’une ferme photovoltaïque constituée de 21.000 panneaux solaires capables de délivrer jusqu’à 5 MW, entre Swindon et Oxford. Ce parc solaire a été construit en 2011, grâce à l’obtention de Feed-in Tariffs [1] élevés alloués l’an dernier aux installations photovoltaïques. Adam Twine avait alors conservé son droit de racheter la ferme solaire aux acquéreurs initiaux. Depuis, les petits investisseurs peuvent demander à acheter des parts dans cette ferme via le site internet, et la priorité est donnée aux résidents locaux.

Le site internet de Westmill Solar présente cette initiative comme "une opportunité unique pour les résidents locaux, les commerces et les organisations de la communauté. Les objectifs de ce projet sont de combattre le changement climatique en finançant une source d’énergie renouvelable fiable, de fournir aux résidents et aux autres investisseurs une source de revenus stable et sûre, et de faciliter la transition de la région vers une économie à faible émission de carbone". Si ce projet arrive à terme, Westmill Solar sera alors le plus grand parc solaire mondial possédé par une communauté.

JPEG

Le parc photovoltaïque de Westmill Solar

Crédits : Adam Twine

D’après le site internet, ce parc pourrait produire jusqu’à 4,8 GWh par an d’électricité propre, soit suffisamment d’énergie pour approvisionner 1 400 foyers, et permettre une réduction des émissions de carbone de 2.000 tonnes par an.

Au 18 juillet, 660 investisseurs avaient déjà financé 2,5 M£ (environ 4.000 £ chacun en moyenne), le minimum nécessaire pour passer à l’étape suivante du projet. Le but est de parvenir à rassembler 16,5 M£ pour racheter intégralement la ferme photovoltaïque, dont un quart attendu de la part de particuliers (entre 2,5 et 4 M£), et le reste (12,5 à 14 M£) par l’émission d’obligation à des institutions, avec un taux d’intérêt supérieur à l’inflation de la valeur faciale (RPI, retail price inflation,). Il reste cependant le risque de ne pas réussir à obtenir de prêt de la banque d’investissements ou d’argent provenant de la vente d’obligations, auquel cas l’achat de la ferme ne pourrait avoir lieu et l’argent fourni par les petits investisseurs devrait leur être retourné, avec une retenue de 5% annoncée par Westmill Solar pour couvrir les frais d’organisation.

Le mode de financement proposé est assez particulier en son genre, mais devrait pouvoir représenter un modèle pour de futurs projets similaires car il optimise le retour sur investissements pour les particuliers et les petites entreprises. Les revenus provenant de l’exportation de l’énergie produite ainsi que des Feed-in Tariffs devraient s’élever à 1,7 M£ par an. Avec le taux d’inflation actuel, cela représentera un intérêt de 0,8 M£ lors de la première année pour les détenteurs d’obligations. Si l’on ajoute 200.000 £ de frais de fonctionnement, il reste alors 0,7 M£ permettant de commencer à rembourser les prêts et payer les petits investisseurs. La part allouée aux petits investisseurs augmentera ainsi au fur et à mesure que les détenteurs d’obligations seront remboursés, permettant ainsi d’accroître leur retour sur investissement.

Un autre risque majeur repose sur l’inflation, dont les niveaux annoncés dans les années à venir pourraient être élevés. Or le retour sur investissement des obligations est calculé à partir d’un pourcentage fondé sur le RPI : par exemple, si le RPI pour 2015 est de 7%, la quasi-totalité des revenus de la ferme photovoltaïque devra être utilisée pour payer les détenteurs d’obligations. Une forte inflation pourrait donc être particulièrement néfaste tant que la majorité des 12,5 à 14 M£ ne seront pas remboursés aux investisseurs publics.

Enfin, il reste le danger d’une baisse d’ensoleillement de la région par rapport aux prévisions. Au Royaume-Uni, l’ensoleillement varie très peu d’une année à l’autre, mais les étés maussades des dernières années peuvent soulever l’inquiétude de l’arrivée d’un nouveau schéma de saisons.

Cependant, ce projet ambitieux pourrait servir de modèle pour d’autres communautés britanniques, car bien que la baisse des Feed-in Tariffs ne permette plus actuellement la viabilité d’une ferme photovoltaïque de grande échelle, la réduction des coûts de production a quant à elle rendu possible le financement de grands parcs solaires. Si Westmill Solar a dû investir 16,5 M£ dans l’achat du parc photovoltaïque, un projet similaire pourrait bientôt ne coûter que 7 M£. De nombreuses fermes solaires du même ordre de grandeur ont ainsi entamé des démarches pour obtenir une certification dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Westmill Solar se fonde ainsi sur un modèle de projets communautaires déjà répandu en Europe, notamment en Allemagne ou au Danemark, où environ 25% de l’énergie renouvelable produite provient de coopératives. Malgré les risques qui persistent, ce projet pourrait donc devenir le premier parc photovoltaïque communautaire, et ouvrir la voie à de nouvelles initiatives, indispensables pour permettre au Royaume-Uni d’atteindre les objectifs européens de 20% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2020 (pour seulement 3% en 2009).

Pour en savoir plus, contacts :

[1] http://www.ambafrance-uk.org/Reforme-a-venir-des-Feed-in

Sources :

- http://www.westmillsolar.coop/
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/W1AKj
- http://www.westmill.coop/westmill_aboutus.asp
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/aUhHO

Rédacteurs :

Eliette Riera

publié le 06/12/2012

haut de la page