Variations génétiques et santé humaine : une conférence-discussion organisée par la « Royal Society »

Des experts internationaux de la génétique se sont retrouvés au cours d’une conférence de deux jours intitulée « Variations génétiques et santé humaine », organisée par la « Royal Society » dans le cadre de ses actions de promotion de la culture scientifique et d’encouragement de débats scientifiques avec le public. Les objectifs de cette conférence étaient, d’une part, de faire le point sur les connaissances actuelles des caractéritiques génétiques et d’évaluer de façon prospective les améliorations tangibles dans les domaines de la santé humaine à court ou moyen terme et, d’autre part, d’évaluer les défis éthiques et sociaux soulevés par les découvertes de la génétique et trouver les solutions les mieux adaptées pour faire face à ces questions délicates.

Chaque individu présente une « carte génétique » unique, les différences étant nombreuses et réparties sur de nombreux sites du génome. Dans certains cas, il s’agit de mutations uniques appelées « Single Nucleotide Polymorphisms, SNPs », qui selon leur localisation sur le gène peuvent conduire à des changements plus ou moins importants de la structure et/ou de la fonction de la protéine encodée par le gène muté en question. Il existe aujourd’hui un large consensus suggérant que ces variations pourraient jouer un rôle majeur dans le développement de certaines maladies en augmentant considérablement les risques de développer ces maladies. Les défis importants de la recherche biomédicale actuelle sont donc d’identifier, d’une part quelles sont ces variations et le facteur risque qu’elles représentent pour une maladie donnée, et d’autre part des variations interindividuelles observées en réponse à des traitements médicaux. L’influence de ces variations génétiques sur la santé humaine est encore mal connue, mais les experts estiment que la compréhension des bases génétiques responsables de maladies communes pourrait s’accélérer rapidement en raison du développement de nouvelles technologies puissantes en génétique et en génomique.

Les variations génétiques sont indissociables de la pharmacocinétique (étude des différentes étapes du métabolisme des substances pharmacologiquement actives dans l’organisme : absorption, distribution, localisation, transformation et excrétion, en fonction du temps et de la dose administrée) et de la pharmacodynamie (branche de la pharmacologie qui étudie les effets biochimiques et physiologiques des médicaments ainsi que leurs mécanismes d’action) ; en effet, chaque individu est différent tant en matière de pharmacocinétique que de pharmacodynamie, tout comme chaque individu possède une « carte génétique » unique. L’avancement des connaissances en génétique pourra ainsi aider à améliorer la compréhension des différences existantes d’un patient à l’autre en terme de réponse à un traitement donné : apparition d’effets secondaires de toxicité ou non, patients métabolisant un médicament rapidement ou lentement... Alors que les visionnaires et les optimistes voient à l’horizon des traitements entièrement personnalisés, certains experts n’ont pas hésité à rappeler qu’il existe d’importants problèmes concernant la planification des essais cliniques : faut-il ou non exclure les patients porteurs des génotypes les plus rares ou ceux dont on sait à l’avance qu’ils ne répondront pas au traitement en question ? Par ailleurs, ces nouvelles techniques sont extrêmement onéreuses et leur utilisation de façon routinière risque ainsi de creuser davantage l’écart entre les nations riches et les autres. Du côté des géants pharmaceutiques, le message est encore plus clair et dénué d’ambiguïté : pour GlaxoSmithKline (GSK), la pharmacogénétique n’est pas développée à des fins de traitements personnalisés mais davantage pour être utilisée comme un puissant outil qui permettra d’améliorer les connaissances et la compréhension des maladies et leurs causes et ainsi aider au développement de nouveaux médicaments plus performants pour des groupes de patients. Par exemple, lorsque la réponse à un médicament se situe à la limite du seuil que l’on s’est imposé (c’est-à-dire lorsque les réponses observées ne sont pas significativement positives ou négatives) pour un groupe donné de patients dans un essai clinique donné, la pharmacogénétique pourra alors être utilisée afin d’éviter d’abandonner le composé à l’essai.

Les avancées en biotechnologies permettent aujourd’hui d’identifier des variations génétiques, situées sur de longs segments d’ADN, chez un très grand nombre d’individus. Ces études, appelées « association génétiques », évaluent les degrés de corrélation, à l’échelle d’une population, entre les variations génétiques et les phénotypes d’une maladie donnée. Ce type de recherche met l’accent sur des maladies multi-factorielles, connues pour être influencées par de multiples gènes, le style de vie mené et les facteurs environnementaux. Bien que les techniques utilisées soient à l’heure actuelle encore très onéreuses, les experts prédisent que les progrès de la bioinformatique et des calculs informatiques permettront de mener ces études à moindres coûts d’ici trois à quatre ans. En revanche, le problème majeur de ces études réside dans la taille des cohortes qui doit être très grande pour que les statistiques observées présentent une valeur biologique ( 20 000 patients par groupe). La question qui reste posée par la majorité des intervenants est de savoir si cette technique apportera vraiment une réponse pertinente aux problèmes que les chercheurs tentent de résoudre.

Enfin, les questions éthiques, légales et sociétales soulevées par les avancées des connaissances en matière de génétique ont également été abordées. Le Royaume-Uni souhaite fortement impliquer le public dans un débat scientifique coordonné. Les commissions d’experts sont persuadées que c’est en communicant les résultats de la recherche que des décisions politiques justes et bien acceptées pourront être prises. Les principales inquiétudes soulevées par les découvertes de la génétique sont le clonage, le statut à donner à l’information génétique individuelle et son utilisation potentielle : comment, par qui, sous quelles conditions...


Source : Royal Society, 17 et 18 janvier 2005, www.royalsoc.ac.uk

publié le 17/11/2008

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