La lutte contre le Staphylocoque doré résistant à la méthicilline s’accélère

Une équipe de scientifiques, basée au John Innes Centre (JIC) dans le comté de Norfolk dans le Sud-est de l’Angleterre, a annoncé des résultats très prometteurs dans la lutte contre le staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SDRM). Cette bactérie se trouvant sur la peau est capable de croître et de se multiplier lorsqu’elle est exposée à la méthicilline, un antibiotique pourtant censé la détruire ou l’empêcher de se reproduire.

L’étude, publiée dans le journal Antimicrobial Agents and Chemotherapy, a cherché à modifier la bactérie Streptomyces de façon à lui faire produire de nouveaux antibiotiques pour lesquels le SDRM ne serait pas résistant. En effet, Streptomyces est une bactérie sans danger pour l’Homme que l’on trouve dans le sol et qui produit de façon naturelle des antibiotiques pour détruire d’autres bactéries. Ces antibiotiques naturels manquent cependant d’efficacité chez l’Homme en raison de leurs faibles solubilités en milieu aqueux. L’approche de ces scientifiques repose sur la modification de la séquence génomique de Streptomyces responsable de l’activité antibiotique afin qu’elle produise de nouvelles classes d’antibiotiques. Deux nouveaux antibiotiques ont été à l’étude, novobiocin et clorobiocin, et les scientifiques ont déterminé la partie responsable de l’activité antibactérienne. Ils espèrent qu’en modifiant d’autres parties de la molécule, ils pourront produire de nouveaux médicaments ayant une activité très ciblée et accompagnée de peu d’effets secondaires. Ces recherches sont d’autant plus importantes que le nombre d’infections de ce type croît sans cesse au sein des hôpitaux.

Dans une étude séparée présentée lors de la conférence de la Society for General Micobiology, une équipe scientifique de l’Université de Leeds, a démontré que le seul moyen de tuer ces bactéries résistantes aux antibiotiques existants est d’utiliser des agents nettoyants à base d’eau de javel. Ayant testé cinq agents nettoyants, ils rapportent en effet que les deux ne contenant pas d’eau de javel non seulement ne détruisent pas ces « super-bactéries » tels que Clostridium Difficile (responsable de diarrhées importantes et d’environ 1 000 décès par an), mais semblent au contraire activer la multiplication des spores produits. Ceci a pour conséquence d’augmenter le potentiel de survie de la bactérie sur des périodes pouvant aller à plusieurs années et donc les risques d’infections aux patients.

Dr Wainwright, basé à l’Université de Liverpool John Moore (ULJM) et responsable d’une troisième étude indépendante, explique quant à lui qu’il existe pourtant des traitements efficaces pour lutter contre ces infections, notamment des colorants ayant été utilisés en clinique bien avant la découverte de la pénicilline. Le bleu de méthylène, par exemple, utilisé en 1891 pour lutter contre le paludisme ou encore, depuis un quart de siècle, pour traiter certains cancers. Malheureusement, l’industrie pharmaceutique au Royaume-Uni ne semble pas intéressée par la poursuite de ces recherches, peut-être parce que ces colorants sont des composés déjà bien établis et sans espoir de brevetabilité. Par ailleurs, ces colorants sont souvent considérés comme provenant de l’industrie textile et non pharmaceutique. De plus, il existe des considérations cosmétiques pour les patients qui ne souhaitent pas être colorés. Pourtant leur efficacité a été prouvée maintes fois : le National Blood Service les utilise pour la désinfection du sang et la sécurité des produits dérivés ; les russes les utilisent pour traiter des formes de tuberculose multi-résistantes et le violet gentiane est utilisé au Japon pour traiter les patients infectés par le SDRM. 

Sur la base de ce principe, le Dr Wainwright et son équipe développent une nouvelle thérapie photodynamique, relativement facile d’application et bon marché. Son fonctionnement implique l’apposition locale sur les zones infectées d’un colorant sensible à la lumière : l’application de lumière sur ce colorant produit in situ des radicaux libres, composés très réactifs qui, produits à petite distance des agents infectieux, stopperont l’infection en les détruisant. Les longueurs d’onde provenant de l’éclairage artificiel suffisent pour induire la réaction chimique et aucun investissement particulier n’est donc nécessaire. L’un des inconvénients majeurs reste cependant qu’elle est restreinte à des zones accessibles aux sources de lumière.

Sources : BBC News, 30/03/06, http://news.bbc.co.uk ; John Innes Centre, JIC, Press release31/03/06, www.jic.ac.uk


Auteur : Dr Claire Mouchot

publié le 18/11/2008

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